Rapport sur le concours 2015-2016 en droit public

A été publié le rapport sur le concours de droit public 2015-1016.

Il semblerait que nos statistiques et nos camemberts aient dérangé le jury, qui s’évertue à réfuter la possibilité de faire une analyse statistique sérieuse, que ce soit en termes de genre ou d’origine géographique… Certes, peut-être l’effectif est-il trop faible à chaque concours, mais quand les mêmes biais se répètent de concours en concours…

Relevons également que le passage obligé de chaque rapport est désormais un vibrant plaidoyer pour le maintien du concours: l’édifice est trop vermoulu pour tenir debout tout seul!

Pour le reste, nous nous contentons de recopier les meilleurs paragraphe. Nous savons nos lecteurs assez perspicaces faire eux-mêmes les commentaires :

« Sur la nécessité de maintenir le concours d’agrégation
Face à l’inquiétude, manifestée par quelques candidats, quant à la suppression envisagée du
concours de l’agrégation du supérieur, le jury unanime tient à réaffirmer le caractère
irremplaçable du concours pour concrétiser la méritocratie républicaine. Il s’agit du seul
mode de recrutement des professeurs des universités qui garantisse l’indépendance et
l’impartialité des personnes qui évaluent les candidats et, à cet égard, il convient de
souligner que la tradition, qui a longtemps consisté à renommer dans le jury un membre du
jury précédent, n’a pas paru assurer suffisamment l’apparence d’impartialité du jury. Sur ce
point donc, la tradition n’a pas été suivie – elle avait d’ailleurs déjà été interrompue lors des
deux concours précédents.

Ce recrutement par concours est le seul qui permette de s’assurer des qualités pédagogiques
et des facultés d’argumentation des candidats, qui ont vocation à enseigner à des cohortes
très importantes d’étudiants une discipline, dont la spécificité réside précisément dans la
persuasion du bien-fondé d’une position et dans l’art de la critique argumentée de l’état du
droit. L’organisation du concours en quatre leçons dans des domaines différents du droit
public garantit, sinon la polyvalence des candidats, du moins leur aptitude à enseigner toutes
les matières du droit public de manière intelligible à des étudiants qui n’ont jamais étudié le
droit dans l’enseignement secondaire.

Le haut niveau scientifique exigé pour les travaux garantit, quant à lui, que les candidats ne
soient pas refermés sur un domaine trop précis de recherches et l’ouverture qu’il leur est
recommandée d’avoir sur un autre domaine que celui de leur thèse est une promesse pour
l’avenir, tout autant que l’assurance pour l’université d’accueil d’un jeune agrégé d’avoir
l’opportunité d’orienter et d’initier des recherches dans des directions nouvelles. Certes, le
recrutement par concours en début de carrière à un âge jeune est toujours un pari sur l’avenir,
quel que soit le secteur de la fonction publique. Mais l’expérience montre que les juristes
agrégés des facultés de droit ne sont pas les moins productifs des scientifiques en termes de
publications et d’organisation de colloques ou de manifestations en tout genre. Ils ne sont
pas rares ceux qui en arrivent même à dénoncer une certaine inflation en la matière…. Or, on
peut penser que la réussite à un concours aussi difficile que celui de l’agrégation de droit
crée une dynamique favorable à l’épanouissement de la personnalité juridique des lauréats et
les incite à cultiver des projets. Au contraire, la perspective de n’accéder au grade de
professeur qu’à un âge nettement plus élevé, comme dans les autres disciplines, et au terme
d’un processus long, serait sans doute plus de nature à décourager les vocations
d’enseignant-chercheur en droit, domaine où les autres débouchés professionnels sont
attractifs et où les professions se mobilisent pour recruter les meilleurs éléments.

A plusieurs reprises, durant le déroulement des épreuves du concours, le jury s’est interrogé
sur une éventuelle modification de l’organisation des leçons et de l’agencement des matières
laissées au choix des candidats.
Finalement, il n’a pas semblé au jury que l’organisation des leçons mérite de grands
bouleversements et il persiste à penser que chaque leçon permet d’apprécier des qualités
différentes chez les candidats. Il a été conforté dans cette conviction par l’exposé de leçons
brillantes dans chaque type d’exercice. Même si elle n’est pas exempte de tout défaut, la
leçon en 24 heures lui semble présenter plus d’avantages que d’inconvénients. Elle permet
notamment d’évaluer la capacité des candidats à diriger une équipe et à maîtriser rapidement
une matière qui n’est pas celle de leur prédilection. En outre, les facilités de communication
électronique atténuent fortement les inégalités générées par cette leçon entre Paris et la
province, car il est concevable aujourd’hui de travailler en équipe « à distance ». […]

En tout dernier lieu, il semble important au jury de souligner que le concours d’agrégation
doit rester le mode privilégié de recrutement des professeurs de droit public, car il paraît le
plus pertinent. Il permet en effet le recrutement de personnalités différentes, non
nécessairement rattachées à des « écoles de pensée », et il incarne au plus haut point l’esprit
d’ouverture et de tolérance qui doit continuer à animer les facultés de droit. »

Advertisements
Tagged with: , , , , , ,
Publié dans Décryptages
16 comments on “Rapport sur le concours 2015-2016 en droit public
  1. « Chaque rapporteur a donc reçu entre 50 et 55 dossiers à évaluer comportant une thèse et trois articles (et dans certains cas un ouvrage) […]. Entre le 14 août et le 13 octobre. Soit 60 jours effectifs…
    Non, rien.

    • Prag dit :

      Vous esperiez peut être que votre rapporteur consacre un bon mois à lire votre oeuvre ?
      Un jour par rapport, cela suffit largement pour lire les travaux.

      • Anselme dit :

        Ah ah ah, l’aimable blagueur. On ne doit pas s’ennuyer avec vous !
        Je fais un message court, je ne voudrais pas vous faire perdre les quelques secondes qui auraient pu vous permettre de lire une thèse.

  2. poc dit :

    « Face à l’inquiétude, manifestée par quelques candidats, quant à la suppression envisagée du concours de l’agrégation du supérieur ». J’adore

  3. Cadoudal dit :

    J’aime bien la dernière phrase : « [l’agrégation] incarne au plus haut point l’esprit
    d’ouverture et de tolérance qui doit continuer à animer les facultés de droit. » L’agrégation de droit, quel splendide rempart contre le fascisme ! Je propose l’agrégation de droit au Nobel de la paix, le prochain concours aura alors lieu à Stockholm.

  4. Girl Power dit :

    Ahhhh, ça fleure bon le XIXe siècle!!!

    • Dadou dit :

      Bien vrai! Mis à part le passage sur la possibilité de préparer une leçon de 24h par internet… Non mais franchement, à qui ils veulent faire avaler ça?!

  5. Socrate dit :

    Ils ont oublié de citer ce blog, qui, manifestement, les irrite au plus haut point.
    La vérité dérange, surtout quand elle est connue de tous.

  6. Jacques dit :

    Merci à ces « jeunes » agrégés de tant publier et d’organiser « trop » de colloques, sans jamais être tentés de cachetonner dans des cabinets d’avocats. Vous êtes comme le sein de Marianne, si beaux et si nécessaires à la sauvegarde de notre esprit républicain! Que deviendrions-nous sans vous… Bon, comment disait-il déjà notre ancien Président de la République? Ah oui, « plus c’est gros, mieux ça passe ». Si vous visitez ce blog sans connaître le concours d’agrégation du supérieur en droit, dites-vous – qu’en réalité – c’est l’exact opposé de ce que ce rapport soutient: anachronisme, obsolescence, partialité et iniquité.

  7. Golan dit :

    Aux auteurs de ce blog. Vous n’attendiez tout de même pas du rapport « Deguergue » que l’on y trouve un acte de contrition quelconque sur les méfaits de l’agrégation et le fait qu’elle s’apparente en réalité à une cooptation parisienne de mauvais aloi ? Inutile de revenir sur les avantages ou les inconvénients de ce « concours », ceux qui ont le pouvoir ou qui sont passés par les mailles du filet n’en ont cure au final : ils ont le pouvoir et comptent bien le conserver pour le peu de temps qu’il leur reste. Ce qui est révélateur de la fin de l’institution c’est le fait que le rapport prenne autant de temps à justifier les bienfaits supposés du concours. Si les choses étaient si claires et si consensuelles, pourquoi y revenir? Les Favoreu et les Vedel n’ont jamais eu besoin de justifier quoi que ce soit en leur temps ; c’est donc, qu’il y a un fissure dans ce grand édifice… Soit.

    Ce qu’il y a de paradoxal dans tout ceci c’est quand nos mandarins parisiens nous parlent de « concours républicain » et, dans le même temps, se laissent le choix de choisir qui ils souhaitent recruter (en PR) pour venir à P1, P2 ou en région parisienne. Nos facultés de province devraient s’estimer trop heureuses d’accueillir provisoirement ceux qui, quand ils seront suffisamment « murs », seront rappelés à Paris pour leurs beaux et loyaux services. La baisse des postes témoigne de ce malaise grave. Appartient-il aux provinciaux de constituer le vivier des parisiens aux frais de l’argent public ? Le rapport, s’il reprend bien sagement les arguments développés par QSF ne convainc pas sur ce point.

    L’avenir est ailleurs, ce n’est, on le voit, qu’une question de temps. P1 et P2 se préparent à une concurrence féroce avec Sciences Po. Les autres suivront. Et là encore, les parisiens jouent les jeu du marché mais refusent que la province fasse de même : quel cynisme ! Pendant ce temps, l’agrégation sert à constituer le vivier qui permettra d’alimenter ce futur grand marché parisien.

    De ce point de vue, je m’étonne de l’étroitesse de vue des auteurs de ce blog. Ils devraient comprendre que l’avenir est ailleurs : ne parle-t-on pas, dans le contexte électoral actuel, de l’augmentation future des frais d’inscription ou de l’autonomie totale des universités ? Au lieu de regarder du côté de l’agrégation, vous devriez vous préoccupez de la précarisation future de la recherche, de la remise au goût du jour de la modulation de service, de la secondarisation de l’enseignement supérieur, etc. Et mieux encore, plutôt que de proposer des pétitions inefficaces, constituez un mouvement national des MCF et PR visant à lutter contre la domination néo-libérale que connaît l’université française depuis bientôt 10 ans. Si la plupart des MCF boycottaient l’agrégation, tout serait finit en un an. Mais comme vous ne constituez pas un corps uni, il y aura toujours quelques petits malins parmi vous pour croire qu’ils auront leur chance dans ce jeu de poker menteur. La baisse des postes vous y aidera. Soit vous vous rebellerez soit vous périrez. L’agrégation est derrière nous : regardez plutôt ce qui va vous arriver et qui sera sans doute bien pire si vous n’y prenez suffisamment garde.

  8. Francis Gutein dit :

    Avec l’élection d »un certain François F. vous pouvez être certain que l’agregation n’existera plus d’ici 2 ans. C’est ce que m’a confié un de ses proches.

    • Cadoudal dit :

      M’ouais… On nous avait aussi laissé croire ça, lors de l’élection d’un certain Nicolas S., avec l’adoption de la sa loi sur la liberté et la responsabilité des universités. Puissiez-vous dire vrai, mais sur ce genre d’affirmation je demeure agnostique.

    • L’agrégation n’existera plus… car il n’y aura plus aucun concours de recrutement ! 😉

  9. Anonyme dit :

    Ce passage n’a pas été retenu dans la sélection des meilleurs paragraphes …. là aussi, cela se passe de commentaires ?

    « Le jury a par ailleurs été frappé par une tendance assez générale chez les candidats à négliger les aspects de vie politique du droit constitutionnel, de science administrative du droit administratif et de relations internationales du droit international public. Cette tendance est regrettable, car des références pertinentes à ces réalités du droit permettent d’illustrer souvent avantageusement des idées théoriques. Ce manque, souvent constaté, rejoint la remarque faite plus haut sur l’insuffisance de la culture générale et de la culture juridique de certains candidats. »

    Combien de temps un comité de sélection consacre-t-il à la lecture de l’oeuvre des candidats ? Combien de temps dure une audition ? Comment juger les qualités d’un candidat à un poste d’enseignant-chercheur, au-delà, le cas échéant, de sa micro-spécialité ? Bref, une réflexion sur les modes de recrutement est certainement nécessaire ; ne viser de façon obsessionnelle qu’une voie, c’est être hémiplégique.

  10. Marc Antoine dit :

    Toujours une forte présence de candidats de P1 et P2 et un peu moins de P5 et P10 …

    « concours » à supprimer en effet !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :