Do you speak English ?

La question se pose désormais tant aux membres du jury (la difficulté croissante pour les recruter ne va pas s’améliorer) qu’aux candidats.

En effet, la vigilance de POC attire notre attention sur l’arrêté du 11 décembre 2015 modifiant l’arrêté du 13 février 1986.

Celui-ci apporte deux innovations:

En premier lieu, le jury devrait maîtriser l’anglais, puisque les candidats pourront produire un de leurs travaux dans cette langue: « Dans les disciplines marquées par une ouverture scientifique internationale, le jury peut décider d’admettre, parmi les travaux remis, une seule production rédigée en langue anglaise, sans traduction obligatoire, accompagnée d’un résumé en français. »

Quelques remarques :

  • Quelles sont les disciplines marquées ou non par une ouverture scientifique internationale? Toutes, à notre sens. L’on parle bien d’ouverture SCIENTIFIQUE, non de contenu qui serait de nature internationale.
  • Le jury « peut décider ». Oh, le beau nœud à contentieux! Cette possibilité, les jurys se l’accordaient. Par exemple, une simple présentation en français suffisait pour joindre une production en langue étrangère, notamment en Sciences de gestion – voir sur ce point le règlement du dernier concours (puisse-t-il être le dernier dans son sens plein). Il paraît également (si un lecteur veut bien infirmer ou confirmer) qu’en sciences économiques, les productions en anglais pouvaient être facilement envoyées au jury.
  • « Une seule production rédigée en langue anglaise ». Ce n’est pas demain que la mobilité internationale entrante des professeurs, fortement souhaitée à tous niveaux, sera possible… (le problème est pire encore devant le CNU). Vous ne lisez pas l’anglais mais vous caressiez depuis votre première année de thèse le rêve de siéger dans le jury d’agrégation? Rassurez-vous, vous feindrez d’ignorer le travail produit en anglais.

Cette ouverture linguistique est la bienvenue. Mais qu’est-ce que cela est timide! Du droit tout mou que cet arrêté, en outre… le jury aura le pouvoir. Et surtout, auparavant, rien n’était dit sur les langues dans l’arrêté de 1986 avant cette réforme… La liberté des jurys d’admettre des travaux en langue étrangère se trouve donc restreinte par le nouveau texte. Paradoxe!

Au fait, le latin, le corse, le basque, le breton, etc. sont des langues anciennes ou régionales, mais non des langues étrangères. Les exceptions étant d’interprétation stricte, tentez de soumettre des travaux dans ces langues… à la rigueur, un juriste de mauvaise foi vous expliquerait que pour les mêmes raisons, des travaux dans d’autres langues étrangères pourraient être produits sans les restrictions expressément attachées à la langue anglaise.

En second lieu, les candidats devraient également être fluent en anglais, puisque « Les sujets d’une épreuve du concours peuvent, sur décision du jury, comprendre pour partie des documents rédigés en langue anglaise, notamment dans la constitution des dossiers. » Cet alinéa vient compléter l’article 25 qui dispose que « Le jury choisit les sujets des épreuves orales destinés à être tirés au sort par les candidats et la documentation mise à la disposition des concurrents pour les épreuves orales en loge ».

Le « pour partie » exclut dans une large mesure les concours des juristes, qui ne commentent en principe qu’un unique document. Un jury inventif pourrait intégrer un commentaire comparé entre un extrait des Restatements of the law et un article du Code civil… parions qu’il ne le fera pas, et que les agrégés français pourront toujours affecter de refuser le moindre contact, leur carrière durant, avec la langue anglaise, et susciter, au mieux la risée, au pire un sérieux agacement, de la part de leurs collègues étrangers.

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Publié dans Au jour le jour...
2 comments on “Do you speak English ?
  1. Dubitative dit :

    Déjà que nombre de rapporteurs ne lisent pas les travaux en français (de l’aveux même d’anciens membres du jury), ils pourront désormais ne pas les lire en anglais…

    En tout cas, c’est certain, ils prendront grand soin à lire le résumé en français (si seulement il n’excède pas la trentaine de lignes)…

    You know what i mean, bro!

  2. Abdul dit :

    Vous pouvez présenter votre article en anglais. Mais le jury n’y comprend rien, et de toute façon, le jury ne lit pas vos travaux. Tout cela, c’est du pipeau.

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