Sont-ils pris de panique ?

Comme vous le savez, outre ce blog, la contestation de l’agrégation du supérieur, simulacre de concours que rien ne justifie, s’exprime par d’autres voies. Au-delà des rapports officiels ou des articles d’auteurs, elle s’exprime aussi par une pétition.

Comme la pression est terrible, et que les défenseurs de l’agrégation ont l’habitude de faire régner la terreur, et ne comprennent pas que cela ne marche plus, la pétition, qui suppose de mettre son nom, a le don de les énerver au plus haut point.

C’est sous ce regard psychanalytique que nous vous invitons à lire les propos du signataire 720 de ladite pétition, dont vous trouverez le lien plus haut, sous l’onglet pétition.

Il signe « Allez vous faire foutre » (sic), et ajoute : « Cette pétition ridicule est l’oeuvre de frustrés incompétents. Longue vie à l’agrég » (re-sic).

Manifestement, ce Monsieur, ou cette Dame – mais rappelons qu’une femme ordurière offre un triste spectacle et qu’il est du devoir de tout Gentleman en pareille situation de ne pas regarder – semble manifestement atteint d’une crise de panique sévère doublée d’un delirium agregationis du plus bel effet. Certes, du point de vue scientifique, nous sommes heureux d’avoir contribué, à notre échelle, à la mise en évidence d’une nouvelle pathologie. Même si nous ne sommes pas liés aux auteurs de la pétition, il est clair que le signataire 720 nous a lus… En suite à une réunion au sommet de l’ensemble des fondateurs du blog, et pour lui rendre hommage, nous avons d’ailleurs pris la résolution d’informer l’American Psychiatric Association, qui édite, comme vous le savez sans doute, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, appelé dans le milieu médical le DSM V, dont la dernière édition date de 2013. Cet ouvrage constitue une référence en psychiatrie, et sa classification des différentes pathologies fait autorité, nonobstant certaines critiques. En effet, il lui est souvent reproché de ne pas tenir assez compte des facteurs psycho-sociaux, et notamment de la psychologie du travail. Vous savez, le fameux « Axe 4 » du manuel, jugé par trop indigent. Dont acte. Voilà justement une pathologie intégralement lié au travail, sans substrat individuel. Le sujet est en réalité tout à fait normal dans sa vie privée et à l’extérieur des murs de la Faculté. Mais dès qu’il « entre » dans son costume d’agrégé du supérieur, les insultes pleuvent contre ceux qui s’étonnent du bien-fondé de son armure médiévale, de sa fraise et de son panache jaune canari !

Les historiens n’ont jamais tranché la question de savoir si Newton avait vraiment découvert la loi de la gravité en recevant une pomme sur la tête. C’est dommage, vous en conviendrez. Mais ce qui est sûr, c’est que c’est en lisant une pétition sur internet que cette étrange maladie, le delirium agregationis, s’est révélée aux yeux du monde !

Chers lecteurs, si vous connaissez des collègues de la section psychologie ou de la section médecine, c’est le moment de leur en parler. Il en va des pathologies rares comme des espèces végétales ou animales protégées : elles sont en voie d’extinction. Lorsque l’agrégation aura été supprimée, le delirium agregationis  (D.A.) disparaîtra presque intégralement. Quelques sujets, atteints jusque dans la sphère individuelle (le dernier stade de la maladie), témoigneront encore de la psyché désorganisée qu’elle induit. Mais faute d’agrégation du supérieur pour s’épanouir, le D.A. passera probablement inaperçu et sombrera dans l’oubli… Pire encore, il pourrait être confondu avec une simple paranoïa ! Quelle honte !

Rendons un service à la science. Archivons. Encore. Et encore. Pour que l’avenir n’efface pas le présent, et que nos enfants sachent d’où ils viennent, sur quelle terre nous avons marché, et d’où nous venons. Et surtout, et toujours, d’où eux, la race des Titans, ils sont venus autrefois…

NB : Nous ne manquerons pas de vous tenir informés des suites de notre échange épistolaire avec l’American Psychiatric Association. En attendant, si vous souhaitez lire le DSM 5, vous n’avez qu’à cliquer ici. Et si vous souhaitez contempler une armure médiévale d’apparat, c’est .

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28 comments on “Sont-ils pris de panique ?
  1. Ulpien dit :

    Franchement, ce n’est que mon humble avis (j’insiste sur ce point), mais vos lignes « sont-ils pris de panique » sont assez médiocres et peu droles. Vous prenez peut-être les choses trop à coeur. Je ne sais pas. Vous avez fait bcp, mais alors bcp mieux. On sent la volonté d’être ironique et piquant. Mais celaa fonctionne mal. Peu inspiré et quelque peu lourdingue. Pas très élégant non plus.
    De l’audace, toujours de l’audace!

    • Navré de ne pas vous avoir fait sourire… le post a suscité des réactions plutôt positives sur twitter, un twitto partageant en disant avoir ri, par exemple… nous sommes plusieurs sous cette signature collective, avec nos sensibilités, références, humours différents… Nous n’avons pas, cher Ulpien, eu l’idée, d’imiter les compilateurs de Justinien, et de garder dans cette oeuvre collective une attribution à chaque auteur, serait-ce sous pseudo. Moi qui vous écrit aujourd’hui, j’ignore l’identité de l’auteur de l’article qui vous fait réagir. Mais il m’a franchement fait rire.

      • ULPIEN dit :

        Je demeure dubitatif… ce qui me dérange, c’est l’ emploi du pluriel « sont-ils » alors que le post vient en réaction à la grossièreté d’un seul (celui qui dit : « allez vous faire foutre »). Comme si dans l’esprit de l’auteur, tous les agrégés du supérieur étaient favorable à son maintien et donc paniquaient et devenaient fou. Qui met-on au juste derrière le « ils »? Le post aurait été piquant s’il avait été intitulé « est-il devenu fou? ». Cela aurait été une bonne occasion de remettre à sa place le grossier signataire.
        En d’autres termes, en employant le « ils » au pluriel, cela donne un peu l’impression que la parano est de l’autre côté et que l’auteur n’a jamais rencontré dans sa carrière un agrégé normal, poli, gentil, humble, non arrogant, conscient des limites du système. Et donc qu’il entretient une sorte de délire au sujet du corps des PR… Cela n’a aucun sens « costume d’agrégé » par exemple… je ne doute pas qu’il ait pu croiser souvent un certain nombre de spécimens caricaturaux et insupportables, mais cette façon d’opérer une essentialisation dans le titre est très maladroite. D’aucuns pourraient même penser que c’est « celui qui dit qui y est » et que la parano règne à tous les étages, de son côté.

        A titre personnel, je ne panique pas. Je pense même qu’il faut réformer profondément le concours et ouvrir d’autres voies de recrutement au professorat. Je ne dois pas rentrer dans le susmentionné costume visiblement.

        Néanmoins, quand je lis la pétition évoquée, je me mets à douter. Loin de connaître tout le monde bien évidemment, j’y découvre néanmoins beaucoup de noms de personnes qui n’ont jamais même tenté une seule fois le concours et qui se permettent d’avoir une opinion à son sujet. Des personnes qui en ont entendu parler bien sûr. Souvent des provinciaux (comme moi) qui voient la chose comme une monstruosité parisienne, de très loin et qui se nourrissent de sa légende noire.
        Ce sont les mêmes qui font tourner les facs et qui voient débarquer régulièrement de jeunes loups insupportables qui ne rêvent que de revenir à Paris et ne s’investissent jamais, réclament les meilleurs cours, sur une seule journée bien sûr. Il y a de quoi grimper au rideaux, entendons-nous bien.
        Mais, ce sont souvent les mêmes qui font tourner les facs justement parce que la recherche n’est définitivement pas leur tasse de thé. Ont-ils une légitimité à nourrir ce type de pétition? je m’interroge. Ils n’ont souvent pas consacré une minute de leur vie à préparer le concours, effrayés à l’idée que celui-ci ne les expédie loin de la amison ; ils furent allocataires sur place, aters et bien sûr MCF ; ils ont pu s’installer, devenir propriétaire tôt, couler une petite vie pépère. Soyons réalistes, ce sont des MCF qui n’auraient jamais été recrutés ailleurs que dans leurs facs d’origine à l’issue d’un recrutement opéré par un comité de sélection dans lequel siège le directeur de thèse, l’ami devenu MCF ou PR, le petit ami ou l’épouse parfois (les facs de droit en sont remplies, honnêtement) ; les mêmes qui s’empressent de travailler au sein du barreau local bien souvent également ; les mêmes qui, s’ils travaillent, exploiteront toujours les mêmes thématiques, recycleront à l’infini ce qu’ils ont déjà écrit, dans des notes, des chroniques, des commentaires redondants et justifiés uniquement parce qu’il faut bien remplir le nombre incalculable de revues et fascicules. Quand je vois autant d’entre eux signer la fameuse pétition, j’ai envie de grimper au rideaux à mon tour… Il y a parfois comme une certaine inconscience de son niveau au sein du corps des MCF en droit (et des PR aussi bien entendu), comme une certaine inconscience de la chance qu’on a d’être universitaire (alors qu’avec un niveau et un investissement pareils, ce ne serait absolument pas possible ailleurs qu’en fac de droit).
        Quand je vois des anciens assistants, sans thèse donc, mais titularisés MCF, signer la pétition, je tombe de ma chaise…

        J’arrête là néanmoins. Je ne voudrais pas tomber dans le piège de l’essentialisation à mon tour. Les facs de droit sont remplies également de MCF valeureux et méritants. Et parmi les signataires, il y a aussi beaucoup de noms dont on sait la réputation de brio, de travail, d’ascèse et qui pourtant se heurtent au système et voient leur carrière bloquée. Ce qui n’est pas normal. Il faut pouvoir offrir des perspectives de carrière aux MCF en dehors de la voie du concours. La situation devient à l’évidence critique, ne serait-ce qu’en termes de gestion de ressources humaines (pardon pour cet emploi d’un vocabulaire managérial au sujet de la crise rencontrée par notre alma mater).

        Ce qui est rassurant, c’est qu’avec le 46-1 ou 46-3 généralisés, les nazes ne parviendront toujours pas au professorat. Ils pourront signer toutes les pétitions qu’ils veulent, cela ne changera rien pour eux. Pour les autres, on va bien rire. Le localisme à tous les niveaux, le népotismes à tous les étages, la bataille rangée locale…
        Cela promet des conseil de fac agréables… des comités de sélections sereins… des rancunes éternelles… du sang sur les murs.

        Réformons le concours alors. Oui.

        Mais avec deux petites conditions au préalable :
        -interdire tout recrutement de MCF dans sa faculté d’origine.
        -interdire toute voie longue dans sa fac d’origine.
        -Une fois professeur, rendre impossible tout retour à la maison, tout exeat, avant 5 ans par exemple.
        Bref, imposer la mobilité pour désactiver cette plaie qu’est le localisme. Le concours actuel présente au moins ce mérite.

        • Je ne crois pas que le pluriel du titre visait tous les agrégés… dans la rubrique « Tribune », l’on trouve des agrégés qui ont accepté que leur prose soit reprise sur ce blog, et qui demandent la suppression ou la refondation du concours. Je crois que le pluriel visait ceux (et l’on compte des MCF parmi eux) qui souhaitent que le concours ne change pas.

        • Abdul dit :

          Votre description d’une catégorie de MCF incompétents n’est valable que si l’on admet qu’il n’y a aucune différence avec les PR sur ce point. Et je ne vois pas l’intérêt de recourir à un vocabulaire outrancier.

          Quant à vos propositions, j’y adhère entièrement : exclusion du copinage, pas de recrutement local, etc. C’est d’ailleurs ce qui se fait en Allemagne, où on ne plaisante pas avec la magouille.

          Reste une chose : ce n’est pas une réforme qu’il faut pour l’agrégation. C’est une suppression. Parce que ce qui est faux par essence ne peut pas dire vrai par destination. C’est pourtant simple, non ?

  2. Anonyme (pas pour les patrons de ce blog) dit :

    Bonjour,

    J’avais eu écho de l’existence de votre blog il y a quelques mois et l’avais parcouru. Dans mon souvenir, il y avait une rubrique qui recensait les arguments en faveur de la suppression du concours, mais peut-être est-ce une erreur de ma part. Si cette rubrique existe, auriez-vous l’amabilité de me l’indiquer ?

    Par ailleurs, étant issu moi-même de ce concours, je ne suis pas favorable à sa suppression mais à sa refonte complète. Car je ne suis pas convaincu que le développement des autres voies de recrutement pour devenir professeur présente davantage de gages d’impartialité et d’honnêteté. S’il est vrai que le grand jeu avant chaque concours est de lister les noms des futurs heureux élus, il faut avouer que ce même jeu existe pour les recrutements par le biais des art. 46-1 et 46-3. Et l’on constate que les chances de « gagner le jeu » sont plus grandes dans le cadre de ceux-ci que dans le cadre du concours d’agrégation.

    Je veux bien croire que dans certains concours les dés sont pipés, qu’untel l’a obtenu parce que son patron était dans le jury, qu’untel l’a obtenu parce qu’il était de la même obédience (politique, « religieuse » etc.) que tel membre du jury etc. Bien entendu, et malheureusement. Mais il y a aussi des contre-exemples : tout le monde voyait un candidat agrégé car son patron était membre du jury, or il ne l’a pas eu ; deux ans plus tard, son patron est président du jury et tout le monde se dit, en silence, qu’il l’aura cette fois-ci, et bien non, toujours pas… Cela n’enlève rien au fait que le concours, dans sa configuration actuelle, n’est plus défendable, notamment dans les « petites sections » (en nombre, où tout le monde se connaît) mais il m’apparaît que le concours doit être maintenu, comme voie d’accès au professorat, à la condition d’être refondu pour assurer l’égalité entre les candidats et maintenir une véritable impartialité.

    Globalement, c’est tout le système des recrutements qu’il faut revoir, au niveau du professorat et de la maîtrise de conférences :
    – Maintenir et développer, à côté du concours, les art. 46-1 et 46-3 pour permettre à des MCF de devenir professeur, car si le titre ne fait pas tout, il faut reconnaître qu’il ouvre certaines portes pour obtenir des financements et – malheureusement – une certaine reconnaissance.
    – Le maintien et le développement de ces voies doivent être strictement encadrés pour éviter le « copinage localiste », à savoir élever au rang A le bon copain ou la bonne copine MCF sous pression des membres locaux du comité de sélection. Car au-delà du candidat local, il n’y a rien de pire à mes yeux que de faire croire aux autres candidats qu’ils ont une chance alors que tout est bouclé d’avance. Humainement et moralement, c’est laid.
    – Appliquer strictement la règle des 3 ans pour tout nouvel agrégé dans son université. Je trouve assez incroyable de voir des collègues, qui viennent d’obtenir le concours, se plaindre d’être affectés loin de chez eux, par le biais du concours. Il est tentant de leur répondre qu’ils n’étaient pas obligés de se présenter… Car si l’agrégation est aussi mal perçue, c’est également à cause du comportement de certains qui arrivent en seigneurs dans leur nouvel université et qui clament haut et fort qu’ils ne resteront pas. Au-delà du concours, on touche des questions qui relèvent davantage de l’éducation et de la bienséance.
    – Encadrer plus clairement et strictement les procédures de recrutement des MCF pour éviter là encore les copinages organisés. L’idée de ne pas pouvoir être recruté dans on université d’origine pour un premier poste me séduit assez.
    – Et donc refondre le concours d’agrégation : maintenir la leçon sur travaux, supprimer la 24, instaurer deux épreuves écrites identiques pour tous les candidats de 5 ou 6 heures (dans des matières choisies préalablement), exiger la publication des notes obtenues par chaque candidat avec des commentaires explicatifs etc.

    Il ne s’agit que de quelques idées. Et ce n’est absolument pas gagné.

    En lisant quelques échanges, on sent beaucoup d’aigreur sous la plume (ou sur le clavier) de certains : oui, il y a des agrégés qui se gargarisent de leur titre et qui ne foutent strictement rien, tout comme il y a des professeurs voie longue dont personne n’a entendu parler et qui, eux aussi, ne fichent rien. Idem pour les MCF. Mais il y a aussi des agrégés « honnêtes » qui travaillent, qui ne méprisent pas ceux qui ne sont pas « comme eux », qui travaillent avec eux, sans question de rang, des MCF qui s’investissent, qui publient, prennent des responsabilités et qui valent bien plus que des agrégés etc. Bref, la question est délicate car il ne faut pas sombrer dans le manichéisme.

    • Bonjour,

      Vous trouvez dans la colonne de droite, bien vers le bas, une rubrique « catégories », et les articles que vous cherchez sont dans la catégorie « arguments »; vous la trouvez aussi à ce lien: https://suppressionagregation.wordpress.com/category/arguments/ .
      Nous sommes absolument d’accord avec vous sur le fait qu’il faut une rigueur plus élevée dans les recrutements MCF, et que cette rigueur doit inspirer également les recrutements à la voie normale.
      Vos suggestions de refonte de l’agrégation sont intéressantes: si elles avaient été appliquées depuis longtemps, ce blog n’existerait pas. Mais il est certainement trop tard, et nous croyons que le concours a intrinsèquement des défauts qui tiennent à son existence même comme mode de recrutement.
      Entièrement d’accord avec vous sur le fait qu’il ne faut pas sombrer dans le manichéisme; mais plus encore, nous nous efforçons dans ce blog de ne pas critiquer les personnes, mais l’institution.

      • justinien dit :

        Je me permets de répondre à « Ulpien » et « Anonyme ». Je ne partage pas leur avis : non, le concours d’agrégation n’évite aucun localisme. C’est un faux argument qui masque un conservatisme à peine plus masqué. Je m’explique. Voulez-vous qu’un agrégé X ne vienne pas dans votre faculté Y? Rien de plus simple : proposez-lui un service dont il ne voudrait pas le moins du monde. Mieux : proposez lui un service qui s’étale sur toute la semaine… Voilà une pratique (contra legem), mais une pratique connue qui réinstaure un localisme larvé. Donc, le service que vous proposerez permettra d’attirer celui que vous voulez. J’aimerais sur ce point que l’on prenne la peine d’être rigoureux et que l’on regarde la corrélation entre un agrégé de province et sa faculté d’origine. Je ne dis pas que les deux correspondent généralement ; je subodore que les deux sont géographiquement liés (quelqu’un de Aix commencera généralement par Avignon ou Toulon).

        Ceux qui sont à l’origine d’une telle pratique sont-ils des affreux sauvages? Avant de répondre réfléchissons : à quoi sert un professeur qui ne vient que pour ses cours, ne s’implique pas dans sa faculté locale et repart quand il peut aussi sec dans la civilisation parisienne dès qu’il le peut? En somme à quoi sert un « Turbo prof »? Si c’est cela l’utilité de l’agrégation (voir du pays, explorer la gastronomie de terroir et s’impliquer le moins possible dans sa faculté d’affection, alors oui, l’argument selon lequel l’agrégation permet d’éviter le localisme et repris en cœur par de nombreux collègues n’a aucun sens). Le problème se situe à mon sens ailleurs. Le localisme peut être évité par des procédures moins lourdes et moins frustrantes.

        L’agrégation doit être supprimée précisément parce qu’elle ne permet plus de faire rayonner la culture juridique française dans le monde. C’est très grave. On vit sur un titre à vie pendant que dans le monde anglo-saxon on est récompensé par son travail. Combien d’agrégés ou de MCF publient en anglais ou en allemand ? Combien sont reconnus à l’étranger? Est-on légitime à la trentaine pour diriger des thèses alors qu’on y a jamais été préparés, pas plus d’ailleurs que l’on ne l’est pour la pédagogie : personne n’arrivera à le faire gober que l’agrégation recrute des pédagogues. La raison est très simple : la pédagogie n’existe pas à l’université. Ne confondons pas pédagogie et talent oratoire : ce sont deux choses différentes. Et comme l’agrégé est recruté par son talent oratoire, on peut légitimement se demander si un tel talent n’est pas la chose la plus inégalement partagée entre tous. Partant, ceux qui sont naturellement à l’aise pour l’exercice réussiront ; pour le reste….

        Un agrégé est-il légitime à diriger un labo, prendre des responsabilités éditoriales alors que l’on a généralement qu’une thèse et quelques pauvres articles à faire valoir, que l’on a généralement aucune expérience d’une ANR ou d’une projet européen. Bien sûr certains réussissent à combler ce manque. Combien sont-ils? Nul ne le sait, mais j’incline à penser qu’ils sont peu nombreux. Pour le reste, les cabinets parisiens et provinciaux sont là pour les accueillir. Dans ce débat, il n’y a lieu de mettre personne à l’index. Dire : je connais untel qui est agrégé et qui travaille ou un autre MCF qui ne fout rien c’est se tromper de cible. Le problème est ailleurs, il est dans l’effet pervers qu’engendre l’institution (agrégation, CNU) et dans les inégalités qu’elles génèrent et qui deviennent, dans le contexte actuel d’internationalisation et de raréfaction des ressources publiques insupportables.

        Il faut de toute urgence considérer que la science ne peut évoluer dans des un contexte de domination légitime. Combien de MCF se brident en attendant de passer PR? Et combien de PR, après en avoir bavé (fort justement) estiment qu’il est temps d’aller à la soupe vu le salaire de misère qui leur est proposé et des postes dans des facs de province qu’ils subissent en attendant de « remonter » dans les boudoirs parisiens? S’il faut repenser l’agrégation, il faut nécessairement repenser le système dans son ensemble : la rémunération misérable des universitaires, la respiration du corps au cours de la carrière, la culture juridique française, dans un contexte international de plus en plus compétitif… Ce sont de gros chantiers que personne n’ose aborder, le ministère étant généralement pusillanime sur ces questions. Le gouvernement actuel n’a-t-il pas pour seul souci de ne pas mettre les étudiants dans la rue?

        Je pense par conséquent qu’il importe, en ce qui concerne l’agrégation, de la remplacer par une véritable HDR (un autre livre) complétée par une expérience pédagogique et une implication administrative subséquente. Que l’on se batte pour une augmentation des traitements (MCF/PR), un encadrement plus sérieux des doctorants, une ouverture dans les grands débats intellectuels internationaux, une reconnaissance des innovations pédagogiques…

        Plutôt que de se murer dans une attitude défensive, c’est aux agrégés de prendre les devants avant qu’il ne soit trop tard et que l’on en vienne à une situation où les facultés seront transformées en véritables ghettos. Il faut un système qui soit le plus « juste » possible et à mesure que les postes se raréfient au niveau de l’agrégation externe, la situation deviendra de plus en plus intenable. Elle engendrera logiquement des inégalités criantes car il y a sans aucun doute de jeunes collègues très brillants qui seront mis sur le « carreau » parce qu’ils ne rentreront pas dans le moule. Ceux-là ne voudront certainement pas se représenter dans un contexte de diminution des postes et surtout à l’heure où le recrutement se fait de plus en plus tard. Aligner le droit sur les sciences sociales serait une solution tout en évitant les erreurs que connaissent aujourd’hui les sociologues (qualifiés sans postes de PR). La période que nous connaissons est en ce sens charnière. Si le droit se mure dans un conservatisme dur, le système implosera et alors on ne parlera plus seulement de localisme, mais aussi de Moyen-Age : que l’on regarde du côté italien pour comprendre ce que je dis là…

        • Abdul dit :

          D’accord sur presque tout.
          Mais par sur un point : l’agrégation ne récompense pas le talent oratoire. C’est même plutôt l’inverse. En vérité, l’agrégation récompense… les liens avec le jury.

        • Cadoudal dit :

          Je plussoie sur l’ensemble du propos de Justinien.

          Je souligne que l’argument selon lequel le talent oratoire serait une des clefs pour l’obtention de l’agrégation est probablement exact (les liens avec le jury aussi, sans doute). La plupart des agrégés que j’ai vu prêcher, en cours ou en colloque, sont de bons voire de très bons orateurs. De là à dire qu’ils sont tous bons pédagogues, il y a toutefois un pas.

          Olivier Beaud, dans son récent papier en défense de l’agrégation (commenté ailleurs sur ce blog) soulignait les qualités des agrégés en vantant leur « éloquence » sans égal. Et allez, soyons grand prince, on peut la leur accorder dans l’ensemble (encore qu’il y ait quelques contre-exemples, mais ce n’est pas la norme). C’est la suite de son raisonnement qui pêche à mon avis car il fondait largement sur ce postulat de « talent » oratoire de l’agrégé la légitimité de l’agrégation en ce que celle-ci sélectionnerait la crème des enseignants, les plus aptes à professer en chaire devant ces immenses amphis bondés à laquelle nous condamnerait, selon lui, l’indigence des moyens accordés aux universités en France. En somme, seuls les agrégés seraient aptes à prendre en charge ces publics abondants et difficiles. Sur le constat budgétaire, on ne le démentira pas mais ce n’est pas le sujet de ce blog. Sur la vocation de l’agrégé à prendre en charge des amphis bondés, on rappellera que les MCF le font aussi. Et sur la consubstantialité de l’agrégé et du pédagogue du fait de son « éloquence », on pourra émettre quelques doutes, comme le souligne Justinien fort à propos. Etre un bon orateur, être éloquent, sert davantage à impressionner qu’à enseigner : on peut être « éloquent » et marquer son auditoire sans lui avoir pour autant permis de vraiment comprendre et retenir le fond de l’affaire. D’ailleurs, j’espère que les agrégés ne font pas leurs cours comme ils firent leurs leçons d’agrégation : l’auditoire n’est pas le même (ici, mettre en marge de la copie : « truisme »). J’ai eu, pour ma part, des enseignants très « éloquents » mais dont, 20 ans plus tard, je n’ai plus aucun souvenir des cours. D’autres, peut-être plus besogneux sur l’apparence (Pr ou MCF, je ne saurais plus le dire : à l’époque je ne connaissais pas la différence), avaient cependant le soin d’expliquer, détailler, illustrer leurs propos et je pense avoir conservé d’eux bien davantage.

          Quand on découvre les taux d’échec faramineux des deux premières années de licence de droit (de mon temps d’étudiant c’était moins de 25 % en 1e et à peine 50 % en 2e, ça n’a guère changé depuis), dont nombre de cours sont occupés par des agrégés, on se demande à quoi sert donc cette belle « éloquence » si ce n’est à égarer les enfants des classes populaires qui ne maîtrisent pas l’imparfait du subjonctif. Tout cela est à l’image de notre système d’enseignement français, hyper-efficace pour tirer les déjà plus efficients (généralement issus des classes supérieures et moyennes-supérieures) vers « l’excellence » tout en laissant largement sur le carreau la majorité des autres : notre système d’enseignement, de la maternelle au supérieur, est inefficace et coûteux parce qu’il est calibré pour les premiers de la classe. Le cursus de droit en constitue une splendide hyperbole je pense. J’ai souvenir d’une discussion avec une chargée de TD alors que j’étais étudiant. Naïvement, j’osais lui affirmer que je pensais que la fonction de l’université est de former des masses (j’étais un peu marxiste alors…). Et elle de me répondre, sans aucun cynisme, que sa fonction est surtout de « dégager une élite ». On ne saurait mieux dire…

          Précisons que je ne veux pas dire ici que les agrégés seraient moins bons pédagogues que les MCF (d’autant que bien des MCF cherchent à singer le style de l’agrégé afin de « s’y croire » : le discours du maître…). Je veux juste dire que notre organisation collective, de manière générale, n’a pas construit un système d’enseignement mais un système de sélection. Globalement, j’affirme donc que ce n’est pas seulement d’une suppression de l’agrégation (qui ne serait qu’une pièce d’un ensemble) que nous avons besoin, c’est d’une révolution des cadres et des pratiques !

  3. Abdul dit :

    Je ne connais pas l' »éloquence » que vous évoquez. Je ne l’ai jamais rencontrée. Je connais une foule de professeurs totalement insipides en terme d’éloquence. Je connais aussi une foule de MCF dans la même situation. Je connais aussi des PR et des MCF éloquents, voire très éloquents. Mais je n’ai jamais vu le moindre rapport entre leur situation (agreg ou pas) et l’éloquence. Et n’hésitons pas à dire que la leçon d’agrégation est en termes d’éloquence un exemple parfait de stupidité. Lire un papier à voix haute avec un chronomètre, c’est le degré zéro.

  4. Oscar dit :

    Entièrement d’accord avec Abdul et je n’ai jamais vu le moindre rapport entre éloquence et agrégation vu le degré d’éloquence des agrégés que je côtoie …

    Par ailleurs, il est certain que les PR doivent être vraiment mal rémunérés pour envahir à ce point les cabinet d’avocats,

    L’université n’est qu’une vitrine ou une carte de visite pour eux, un faire valoir surtout si c’est une université parisienne ( P1et P2 sont d’énormes plus-values sur des cartes de visite ), sans compter les PR turbo que l’on ne voit strictement jamais, Ils se contrefichent des étudiants,

    il y a évidemment des exceptions qui sont tellement rares ; pour ceux-là, j’ai de l’estime mais le reste , en toute honnêteté, ils ne sont mus ni par l’intérêt de l’université ni par celui de étudiants et les grands cabinets d’avocats, dans leur cynisme, l’ont ien compris.

    ils n’ont même plus besoin d’aller les chercher, les PR courent vers eux et se battent entre eux pour décrocher certaines consultations fortement rémunératrice…

    Alors les étudiants et la recherches dans tout cela, ce ne sont que des détails, c’est à la marge.

    Je suis également d’accord sur un point évoqué précédemment : si les PR se permettent de fuir l’université et de faire tourner à temps plein,les cabinets d’avocat la raison tient aussi au fait que certains maîtres de conférence, certainement las et désabusés, leur offrent sur un plateau d’argent l’occasion de le faire en faisant tourner l’université, certes dans l’intérêt des étudiants mais au grand détriment de leurs publications ou activités de recherche , et c’est bien dommage pour ces maîtres de conférences qui ont sacrifié leurs activité des recherches et assurent toute la logistique pendant que les PR remplissent les cabinets d’avocats et ne mettent quasiment jamais les pieds à l’université.

    .

    • Cadoudal dit :

      A vous lire, tous les agrégés que vous côtoyez seraient bègues… :o)

      Notez que je pense qu’on me lit mal. Je voulais juste souligner que, quand bien même les agrégés seraient éloquents (c’est une hypothèse… Mais je n’ai pas établi de protocole de recherche sur le sujet) en ce que l’agrégation les sélectionnerait principalement sur ce critère, cela ne justifie pas en soi leur position en haut de la hiérarchie universitaire.

      On ne pourra jamais faire la part des choses sur ce sujet : l’agrégé moyen, plus ou moins « éloquent » que le non-agrégé moyen ? Question insoluble. Moi je pense que oui, mais je peux me tromper. Et l’objectif de mon propos était seulement de renverser l’argument – inepte à mon sens – de l’éloquence (réelle ou supposée) des lauréats de l’agrég’ soulevé par Olivier Beaud en défense de ce concours. Selon moi, savoir bien parler ne fait pas forcément bien penser (il paraît que bien des tyrans furent d’excellents orateurs…) et le maître en éloquence n’est pas forcément un bon maître tout court : la maîtrise de l’art oratoire ne fait pas à soi seul le bon pédagogue et moins encore le bon chercheur.

      Ceux qui ont connu Bourdieu ont souligné que, fils de paysan du sud-ouest qu’il était, il n’avait pas eu, enfant, accès à un niveau de langage aussi raffiné que la plupart de de ses camarades de normale-sup issus des classes aisées des grandes villes qui, à ce titre, pouvait se targuer d’une « éloquence » supérieure à la sienne (il a d’ailleurs, dit-on, tiré de la morgue de ces derniers à son endroit certains enseignements qui auraient nourri en partie ses travaux ainsi qu’une certaine énergie qui l’a poussé à persévérer dans sa voie propre). Mais derrière le vernis des apparences, certains de ses professeurs ont détecté chez lui une puissance de pensée supérieure et l’ont soutenu. Par la suite, comme chercheur et comme enseignant, il a, je pense, bien davantage marqué son époque que d’autres qui auraient été bien plus « éloquents » que lui.

      Bref, un beau parleur ne fait pas forcément un bon prof’.

  5. Abdul dit :

    En fait, sur ce sujet, je ne disais rien sur l’éloquence en soi. Je conteste seulement, et entièrement, que l’agrégation ait quoi que ce soit à voir avec l’éloquence. Elle sélectionne sur des critères cachés, fort douteux du reste – les liens avec le jury – mais pas sur l’éloquence. Il n’y a aucune espèce de différence entre les PR et les MCF sur ce point. Les épreuves, à l’agrég, c’est 100 % pipeau.

    Sinon, je suis d’accord avec vous sur le piège de l’éloquence, c’est-à-dire sur la capacité à charmer un auditoire, laquelle se distingue de l’apport réel. A mon avis, l’un est le plus souvent lié à l’autre, mais il doit y avoir en effet des exceptions. Certaines personnes suscitent l’adhésion et l’intérêt, mais de cet intérêt rien ne ressort. C’est un peu le mécanisme de la starmania. Sur Twitter, quand Edward Snowden écrit qu’il pleut et que c’est dommage, des milliers de personnes retweetent immédiatement ce message qui n’a strictement aucun intérêt, par simple idolâtrie. Il y a peut-être de l’idolâtrie dans les Facultés de droit à l’égard de certains… ou de l’agrégation, que beaucoup regardent comme une initiation rituelle et magique, alors que ce n’est qu’une arnaque.

    Puisque vous parlez de Bourdieu, j’ai pour ma part assisté à deux semaines d’intervalle à deux conférences très différentes. L’une était de Jacques Derrida. L’autre était de Jean Bottero, l’homme qui a déchiffré et traduit l’akkadien, la première langue écrite connue, celle que l’on parlait à Sumer et dont on a des textes, y compris juridiques. La conférence de Derrida était très chic, et il parlait très, très bien. Mais je n’en ai rien retenu. Puis j’en ai eu le texte, quelque temps plus tard. Et il n’y avait rien. A l’inverse, Bottero était un homme fort peu éloquent. Il était même plutôt ennuyeux à écouter. Pourtant, c’était un immense savant, sans doute comparable à Champollion dans son domaine…

  6. ULPIEN dit :

    Cher Abdul :
    Vraiment? Il n’y a vraiment aucune différence entre un MCF recruté en 1998 en droit public en IUT (quand Jospin a ouvert les vannes et que plus d’une centaine de publicistes ont été recrutés cette année là) et un major de concours issue d’une grande faculté ou la concurrence règne et produit une riche émulation?

    Aucune? rien? nada?

  7. Abdul dit :

    Il n’existe pas de collègues supérieurs et de collègues inférieurs.

    • Cadoudal dit :

      Je rejoins Abdul. Il existe un sutra boudhiste qui, je crois, affirme que « l’homme qui se juge supérieur, inférieur ou même égal à un autre homme ne comprend pas la réalité ».

      Quant aux publicistes recrutés en IUT, je souligne que je connais à titre personnel au moins un exemple d’un collègue publiciste recruté comme MCF en IUT et ayant obtenu, l’année suivant son recrutement, l’agrégation de droit public.

  8. Miles dit :

    Le rapport entre l’éloquence et l’agrégation est un peu tiré par les cheveux. Certains et comme par hasard les parisiens ont cette impression car ils ont eu pour professeurs les meilleurs ceux de Paris I et Paris II mais pour un professeur de paris I éloquent combien de professeurs mal à l’aise à l’oral ?
    J’ai fait mes études en province et je n’ai pas eu que des cicéron loin de là…

  9. Anonyme (pas pour les patrons de ce blog) dit :

    Bonjour,

    Merci aux auteurs du blog pour l’indication du lien « arguments ».

    J’ai lu avec attention les propos qui ont suivi. Je comprends parfaitement bien les critiques que peut engendrer le concours d’agrégation et la nécessité de sa réforme (voire de sa suppression pour les patrons de ce blog). Les propos de Justinien et de Cadoudal respirent le bon sens même si mes conclusions diffèrent quelque peu des leurs.

    Sur l’éloquence, oui, cela doit jouer. Sûrement. Probablement. Mais je ne suis pas certain que cela permette d’emporter obligatoirement la mise. Sur les liens avec le jury, sûrement, probablement, pour certains candidats. Mais de là à en conclure – et je force le trait, je l’avoue – qu’obtenir le concours se résume à posséder un certain talent oratoire et/ou être dans les petits papiers du jury, cela me semble quelque peu exagéré. Mais d’une certaine façon, si l’on en vient à penser cela, c’est surtout parce que les règles de départ ne sont pas claires. Et ça, je le reconnais bien volontiers. Le mal est surtout là.

    Plus généralement, au-delà de l’agrégation, c’est tout le système de recrutement qu’il faut revoir et mettre à plat. Car, lors d’un recrutement de MCF, dans la plupart des cas, c’est également le talent oratoire et les liens avec le comité de sélection qui font la différence. Quand les dés ne sont d’ailleurs pas pipés bien avant la publication du poste, tout le monde étant déjà au courant dans certains cas du nom du futur lauréat au regard de la composition – bien bordée – du comité de sélection…

    Certains propos laissent vraiment à penser que les agrégés sont l’incarnation du Mal et qu’il faut s’en débarrasser. Cela me semble quelque peu exagéré, tout comme cela le serait d’affirmer que les MCF qui n’ont pas obtenu l’agrégation sont des frustrés incompétents. Il y a forcément un juste milieu et sombrer dans la généralité me paraît extrêmement dangereux.

    Enfin, Cadoudal écrit : « j’affirme donc que ce n’est pas seulement d’une suppression de l’agrégation (qui ne serait qu’une pièce d’un ensemble) que nous avons besoin, c’est d’une révolution des cadres et des pratiques ». Bien d’accord pour la révolution des cadres et des pratiques mais la suppression de l’agrégation ne changera pas fondamentalement les choses. C’est une goutte d’eau. Si sa suppression pouvait permettre à des étudiants de L1 de passer à hauteur de 75% en 2e année, si tous les problèmes rencontrés par l’université disparaissaient etc, alors banco ! Cela ne changera rien au fait que tous les enseignants-chercheurs ne disposent pas des mêmes qualités en matière de talent oratoire, pour parler à un public, pour donner envie aux étudiants d’aller plus loin, pour « faire rayonner la culture juridique française » (pour reprendre les propos de Justinien) etc.

    Je ne me battrai pas « à la vie à la mort » pour le maintien du concours, surtout dans sa forme actuelle. Mais sa suppression ne résoudra pas les problèmes de fond que nous connaissons dans nos facultés.

    • Chers commentateurs,
      Nous lisons évidemment tous vos commentaires avec la plus grande attention et le plus grand intérêt, même lorsque nous ne partageons pas vos positions.
      Revenons sur un point particulier: pourquoi ce blog combat-il l’agrégation, et ne parle pas tellement des autres problèmes de l’université ? Nous lisons bien que, globalement, vous aspirez à des changements plus larges. Et nous aussi!
      Mais la réforme du recrutement MCF (ou du 46-1) concerne toute l’Université: c’est avec les membres de toutes les sections du CNU qu’il faut réfléchir. Nous n’allons pas, entre juristes, sauf éventuellement par l’usage, nous imposer d’interdire les primo-recrutements dans la fac d’origine. L’agrégation nous est spécifique (du moins aux 3 premières sections, les autres sont déjà, semble-t-il, passés à autre chose). Si nous voulons « agir global », il faut d’abord nous débarrasser de cette spécificité encombrante, qui gène nos rapports avec les collègues d’autres disciplines. Dans les autres disciplines, atteindre la classe exceptionnelle est… exceptionnel, et se fait souvent juste avant la retraite. Chez les agrégés, c’est autour de la cinquantaine (comme la Rolex).
      Supprimons l’agrégation, rejoignons les voies de droit commun, et tous ensemble œuvrons pour une université meilleure!

      • Cadoudal dit :

        Sur l’interdiction du primo-recrutement dans sa fac d’origine, je crois que certaines sections se l’imposent déjà. En 05 par exemple, au moins dans les UMR, le recrutement local a été proscrit par une décision collective, non contraignante certes, mais respectée. Comme cette section a, par ailleurs, supprimé de facto l’agrégation, trace-t-elle la voie à suivre ? Moi je pense que ce serait une bonne solution pour parer l’accusation permanente de localisme des comités de sélection. Et ça me semblerait sain. Mais je juge que cela ne peut aller sans la suppression de l’agrégation. Si l’on interdit aux facs de recruter localement, encore faut-il leur laisser véritablement le choix de recruter.

        • Montesquiou dit :

          Le choix de recruter ? Pour quelle raison ? Nos collègues (MCF, professeurs) ne se privent pas de faire ce que bon leur semble, en fonction de leur humeur du jour, de leurs connaissances, de la volonté de rendre service à tel ou tel, etc. lors de leur participation au conseil académique, au conseil d’administration et au comité de sélection. Ce n’est pas le choix de recruter qui pose problème, c’est le respect des règles de droit et notamment le principe d’égalité entre les candidats. Il n’est pas davantage respecté lors du concours d’agrégation que lors du recrutement des MCF.

          • Cadoudal dit :

            Quant au respect de l’égalité entre les candidats, j’abonde dans votre sens (on devrait revoir les procédures de recrutement des MCF en même temps que l’agrégation, j’en conviens totalement. Et l’interdiction du primo-recrutement dans sa fac d’origine constitue, à mon sens, une partie de la réponse) mais je ne vois pas en quoi la quête d’une telle exigence contreviendrait au principe de liberté de choix des recrutés par les établissements, auquel l’agrégation, en revanche, fait pour sa part objectivement obstacle.

  10. Rolex dit :

    Je ne suis pas d’accord avec tout ce qui est écrit.
    J’ai 50 ans, j’ai été agrégé à 32 ans. Depuis 18 ans, je suis payé plus et c’est normal. Je suis payé plus que les MCF, parce que je suis meilleur. Je suis payé plus que les scientifiques, qui peinent à passer PR, parce que je suis juriste, et que sans moi la vie en société n’existe pas. Quand je serai en fin de carrière, je gagnerai plus que les chercheurs à l’INSERM qui travaillent sur le virus du sida. C’est normal, moi, j’enseigne le droit et j’écris des notes de jurisprudence.
    Ceux qui mettent en doute le fonctionnement de l’agrégation sont des lâches, et des idiots. Ils n’ont qu’à être à la hauteur. A chaque fois que je prends la parole, mon auditoire est stupéfait par mes capacités rhétoriques.

    • Ulpien dit :

      J’adore.

    • Anonyme (pas pour les patrons de ce blog) dit :

      Je suis en parti d’accord avec tout ce qui est écrit.
      J’ai 39 ans, j’ai été agrégé à 33 ans. Depuis 6 ans, après 2 années de MCF, je perçois un salaire calculé en fonction d’une grille indiciaire du fait de mon statut de fonctionnaire de catégorie A, salaire qui est lourdement impacté par le coût de mes transports et de mes nuits d’hôtel lors de ma venue très régulière et pour au moins 2 jours dans mon université de rattachement. J’ai passé le concours en conscience et j’assume, sans me plaindre, ces dépenses qui sont à ma charge exclusive. Je suis dans un système différent de celui des scientifiques qui, s’ils peinent à passer professeur du fait des règles qui sont les leurs, bénéficient d’un soutien à la recherche incommensurable par rapport aux juristes dans toutes les université pluridisciplinaires, que ce soit pour le financement de colloques, de manifestations, de contrat de recherche ou encore le remplacement de machines indispensables à leurs travaux (dont le coût, pour certaines d’entre elles, permettrait à un juriste d’organiser 10, 15 voire 20 colloques). Parce que je suis juriste, et parce qu’aux yeux des « vrais » scientifiques, je ne fais pas de la recherche. Parce que je suis juriste et que si je commence une thèse, notamment sans allocation ou autre contrat, c’est parce que je suis nécessairement un « fils de bourgeois » (dans les sciences dures, toute poursuite en thèse est conditionnée à l’obtention d’un contrat doctoral ou autre type de financement similaire). Quand je serai en fin de carrière, je gagnerai peut-être plus que les chercheurs de l’INSERM qui travaillent sur le virus du sida, mais si l’on ne voit pas l’intérêt de la recherche en droit, libre à qui le voudra de la supprimer. Je ne sais pas si cela est « normal », Mais enseigner le droit et écrire des notes de jurisprudence, des articles de fond, organiser des colloques, suivre des étudiants en thèse, participer à la vie de l’université constituent les éléments de ce qui est mon métier.
      Ceux qui mettent en doute le fonctionnement de l’agrégation ont de solides arguments qu’il me semble nécessaire de porter auprès des plus hautes instances, pour faire évoluer les choses. C’est un fait. Et ce n’est pas parce qu’on a pas obtenu le concours que l’on n’est pas à la « hauteur ». Des MCF valent bien plus que certains agrégés, le concours sanctionnant parfois la vérité du moment. Et à chaque fois que je prends la parole, je me dis que je fais un beau métier et espère pouvoir transmettre la passion de ma matière à mon auditoire.
      Et je ne porte pas de montre. 🙂

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