Sur quelques « libres propos sur le concours d’agrégation du supérieur »

Le professeur Olivier Beaud a livré dans l’AJDA 2015, p. 920, de « libres propos sur le concours d’agrégation du supérieur ». (Tous les passages entre guillemets doivent être compris comme étant des citations de cet article).

Nous passerons sur l’agréable surprise qu’auront nos collègues économistes, politistes ou gestionnaires, d’apprendre qu’ils sont « assimilés » à des professeurs de droit. Nous ne nous étendrons pas plus pour déplorer qu’aux dires de cet éminent membre senior de l’IUF, « les sciences économiques s’étant largement internationalisées comme sciences, […], obéissent désormais à un autre régime intellectuel que la vieille discipline du droit. » Les juristes seraient donc cantonnés dans un strict nationalisme positiviste ? Autre source d’étonnement : l’auteur qualifie de « voie courte » celle, de droit commun, prévue par l’article 46 1°. S’il est une voie courte, c’est certainement l’agrégation ; la voie de droit commun qui, certes, exige moins d’ancienneté que celle du 46 3°, suppose que le professeur ait, après sa thèse et moult travaux, soutenu une habilitation à diriger des recherches, puis, souvent sur la base d’autres travaux, obtienne la qualification du CNU (ce qui n’est pas une mince affaire), et enfin se fassent recruter. L’accès au professorat est bien plus tardif dans les sections qui utilisent cette voie, prétendue courte, que dans les premières sections du CNU.

Nous ne chercherons pas querelle sur ces quelques éléments, puisque nous sommes d’accord avec le point essentiel de l’article en question : l’agrégation est très sérieusement menacée : « une grosse brèche est ouverte ».

Nous le rejoignons ensuite lorsqu’il retient que la voie, que nous appellerons de droit commun, amène « le recrutement par les universités sur des profils souvent très fléchés -, ce qui permet le recrutement de spécialistes d’une sous-discipline du droit public en fonction de besoins ». (Comment savoir que les profils sont « souvent » très fléchés, puisque la première campagne de recrutement dans nos sections est en cours ?) Il nous semble qu’il n’est certainement pas à mettre au passif de la voie du 46 1° que de permettre le recrutement de professeurs répondant au besoin de l’université, et d’admettre que notre métier suppose une certaine spécialisation… Bien au contraire, c’est le défaut de l’affectation en fonction du rang de sortie, que permet l’agrégation, qui est une aberration ! Et d’ailleurs, lorsque Paris I, Paris II, Lyon III, refuse de mettre des postes au concours pour les réserver à la mutation, c’est bien parce qu’elles veulent que leur corps professoral correspondent à leurs besoins (nécessité encore plus criante dans des universités de taille plus modeste). Certes, l’auteur estime que les besoins « peuvent être à court terme et définis ad hominem ». Peut-être, sans doute… mais un besoin à court terme reste un besoin, et la responsabilisation des universités devrait éviter les dérives… sans compter que, pour l’instant, ce sont les agrégés qui sont majoritairement aux commandes de la sélection des professeurs, que ce soit au CNU ou à l’échelle de l’université… Ne peut-on pas leur faire confiance pour conserver l’excellence du corps des professeurs ?

L’auteur poursuit en estimant que les maîtres de conférences se tourneront probablement plus vers la voie du 46 1° que vers l’agrégation : « Ils éviteraient la préparation du long et difficile concours d’agrégation pour tenter la moins difficile procédure de la « voie courte » », avant de remarquer que la HDR est complaisamment délivrée en droit, par rapport à d’autres disciplines. Nous ne saurions lui donner tort sur le second constat : la HDR n’est guère difficile à obtenir en droit, les exigences ne sont pas élevées. Mais il faut rappeler que, jusqu’au dernier décret, la HDR n’était pas d’une grande utilité, la voie du 46 1° était fermée. Certes, cela permet de diriger des thèses… sans vocation universitaire… La voie de droit commun étant ouverte aux juristes, il faut désormais que la HDR soit valorisée. Mais alors, l’on s’accordera que la voie du 46 1° sera au moins aussi exigeante que la préparation du concours d’agrégation. Surtout, il existe une différence de taille entre ces deux voies : le MCF, rémunéré mensuellement grâce à la générosité du contribuable, qui consacre son temps à la préparation de l’agrégation en enchaînant des leçons blanches n’œuvre que pour son profit personnel ; celui qui écrit, communique, donne des conférences en vue de muscler son dossier HDR puis son CV exerce le métier pour lequel il reçoit son traitement.

L’auteur se félicite du malthusianisme des deux premières sections du CNU sur la qualification aux fonctions de professeur… il semble inutile de s’épancher à nouveau ici sur ce que l’on en pense.

Élevant son combat, l’auteur indique que « Le but du présent article est d’exposer, le plus objectivement possible, les raisons pour lesquelles le maintien de l’agrégation est une condition de la survie des facultés de droit – lire : de bonnes facultés de droit ». Il est vrai qu’il n’y a d’ailleurs de bonnes universités de droit que dans les pays qui connaissent l’agrégation : la France et quelques pays africains. Le reste du monde n’est qu’un désert intellectuel pour la science juridique.

Nous passerons encore, pour ne pas agacer le lecteur, sur les manifestations de l’arrogance du juriste : « les économistes […] ont su se débarrasser des gêneurs que sont les étudiants » ; « Les agrégés le [l’enseignement à un public de masse] font souvent bien, et si on les compare aux professeurs des autres disciplines, en France, on est bien obligé de constater que, dans les colloques ou jurys de thèse, les juristes sont souvent les plus éloquents. » ; les spécialistes des sciences de l’éducation seraient des « Diafoirus modernes »

Le concours d’agrégation serait « un moyen efficace de concilier enseignement de masse et de qualité »… Qui arrive à tenir un amphi de licence en enchaînant, sur une heure, deux leçons d’agrégation ? Et à supposer que ce soit possible (l’accès à facebook aide à tenir les étudiants silencieux), peut-on faire fi de la sorte de tous les enseignements des sciences de l’éducation ? Et peut-on rappeler que toute l’université, et non seulement les facultés de droit, est confrontée à l’enseignement de masse… et que les choses ne semblent pas si terribles dans les filières sans agrégation.

L’auteur cite ensuite abondamment des présidents de jury qui sont convaincus que l’agrégation est une voie d’excellence… c’est bien la moindre des choses. Reste une question en suspens, à propos d’excellence de la recherche : l’agrégation permet de devenir professeur alors que l’on a écrit une thèse, et seulement une thèse (ou presque). N’est-ce pas un peu tôt – la thèse serait-elle excellentissime ? Surtout, il était contesté plus haut le droit de postuler à l’HDR sans avoir ajouté une monographie à son CV !

Pour ce qui est de la carrière, l’auteur s’appuie sur le suivi de la cohorte d’agrégés de son concours pour remarquer que la publication est nourrie après le concours… les résultats sont différents en droit privé, à chacun de faire le test. Pour ce qui est du découragement des maîtres de conférences recalés ; l’auteur ne semble le voir qu’à l’aune de son étalon : passer et repasser le concours. Là n’est pas tant la question ! Le découragement provient du fait que, pour celui qui a renoncé, pour une raison ou pour une autre, à passer le concours, le contingentement vient amoindrir tout espoir d’évolution de carrière conforme à son investissement dans ses différentes activités d’enseignant-chercheur.

L’auteur consacre ensuite d’intéressants développements sur la difficile compatibilité entre le concours d’agrégation et l’autonomie des universités. La centralisation garantirait la liberté… Et on avoue peiner parfois à le suivre : il souligne le rôle du CNU, composante nationale du recrutement, dans les modes de recrutement hors agrégation, et justifier du même coup le caractère national de l’agrégation ; mais cela pour mieux rappeler que ces autres voies sont « locales »… Pour ce qui est de blâmer les présidents d’universités qui ne mettent pas de postes aux concours, commençons alors par blâmer ceux de PI, PII et Lyon III ! Il est également piquant de lire que, en France « les universités y ont peu de prestige alors que les universitaires en ont encore un petit peu, justement à cause de la qualité de leur recrutement ». Les universitaires ne se résumant pas aux professeurs des six premières sections du CNU passés par le concours d’agrégation, il est indéniable que, dans leur immense majorité, les universitaires, que l’auteur crédite de quelque prestige, ne sont pas des agrégés.

Nous ne reviendrons pas sur le mythe, pour l’agrégation, d’un « jury souverain, étranger à toute pression », quand les comités de sélection seraient de sombres coteries emplies de mesquineries… ce sont les mêmes personnes qui siègent ici et là, n’est-ce pas ?

Un paragraphe doit ici être reproduit presque entièrement : «  Grâce à [l’agrégation], il est possible à n’importe quel étudiant de n’importe quelle université, même moyenne ou petite, de bénéficier du sang neuf apporté par de jeunes et talentueux agrégés. On sait en effet que de grandes universités ou facultés parisiennes et quelques autres refusent traditionnellement de mettre des postes au concours, de manière à pouvoir ultérieurement choisir, par voie de mutation, les professeurs qui leur conviennent. Il en résulte que les seuls bénéficiaires du concours, en tant qu’institutions, sont les autres universités, particulièrement les petites et les moyennes. ». Étudiants et enseignants de petites et moyennes universités, ayez je vous prie une pensée émue de sincère gratitude envers les universités qui se sacrifient en refusant de mettre des postes au concours… La vérité est que l’agrégation est une terrible centralisation de la pensée : deux universités forment les agrégés, se gardent bien de les recruter pour les envoyer dans tous les recoins de la France profonde. Et ceux qui souhaitent embrasser la carrière universitaire ont tout intérêt à achever leurs études à la capitale. Loin d’être un gage d’égalité des usagers devant le service public, l’agrégation est le moteur d’une université à deux vitesses, selon que l’on se trouve au centre ou à la périphérie…

Quant au plaidoyer pour la mobilité des enseignants chercheurs, nous y souscrivons ; l’agrégation n’est pas le seul moyen d’y parvenir, les exemples étrangers le prouvent bien (interdiction de primo-recrutement dans son établissement de soutenance ou d’exercice, etc.).

Publicités
Tagged with: , , , , , , , , , , , , , , ,
Publié dans Décryptages
18 comments on “Sur quelques « libres propos sur le concours d’agrégation du supérieur »
  1. Cadoudal dit :

    J’ai connu, étant alors étudiant à Lille II, un Olivier Beaud qui, pour sa première affectation après l’agrégation, délivrait un enseignement de droit constit’ de 1e année assez caustique et presque subversif par certains aspects. Pas exactement « gauchisant », mais quand même un peu « jeune turc » . C’était il y a plus de 20 ans… On ne devrait jamais vieillir !

  2. Sweet dit :

    Olivier Beaud est un des gardiens du temple qui est en phase de s’écrouler, rien d’étonnant à tout cela ,
    toutes ces sornettes ne passent plus , et il le sait pertinemment

  3. POC dit :

    En droit privé, je ne sais pas mais en droit public, ce sont les universités Paris I, Paris II, Paris IX, Paris X qui n’offrent jamais de poste à l’agrégation et Montpellier I seulement de manière très très exceptionnelle (un en 2004, un en 2006, aucun depuis lors).

  4. Cadoudal dit :

    « Grâce à [l’agrégation], il est possible à n’importe quel étudiant de n’importe quelle université, même moyenne ou petite, de bénéficier du sang neuf apporté par de jeunes et talentueux agrégés. » Roooohhh, bin bin merci, not’ bon maîîître, de daigner ainsi venir renouveler notre patrimoine génétique avili par tant de siècles de consanguinité… Etait-il d’ailleurs vraiment nécessaire de préciser que ces agrégés sont « jeunes » et « talentueux » ? C’est un pléonasme ! Que cela soit donc écrit : l’économiste est « distingué », le juriste est « éminent » et, de surcroît, il est donc « jeune et talentueux » s’il est agrégé au surplus.

    Soit dit en passant, quand on écrit cela en ayant été soit-même un agrégé pas trop vieux affecté dans un fac « moyenne ou petite » de province (pardon pour Lille II, mais enfin la conclusion s’impose d’elle-même…) pour sa première affectation, c’est qu’on a une certaine opinion à propos de soi-même. Je ne crois pas qu’il faille l’affirmer à propos de tous les agrégés, mais il se pourrait bien que certains d’entre eux illuminent moins l’univers par leur modestie que par leur « éloquence » tant chérie (concernant cette dernière, les anglais ont un charmant proverbe : « Empty vessels make the most noise »).

    Bref, je prie pour que ni des collègues étrangers ni non juristes ne tombent jamais sur le papier de Olivier Beaud, sinon nous allons une fois de plus tous passer pour la caricature que les uns et les autres se font pour les uns des juristes et pour les autres des français. J’ai ainsi eu récemment l’écho par une collègue québécoise de l’impression mitigée laissée, voilà quelques années, par le passage dans son pays pour un événement juridique franco-québécois notable d’une importante délégation française fièrement menée par pas mal de ces juristes « jeunes » et « talentueux » (encore que certains, quoi que talentueux, n’étaient plus si jeunes. Hélas ! Si le talent se garde toujours jusqu’au seuil de la mort, la jeunesse se perd parfois avec les années). Pas sûr que tout ça soit très bon pour le rayonnement de la culture juridique française…

  5. Anne Lavigne dit :

    « si on les compare aux professeurs des autres disciplines, en France, on est bien obligé de constater que, dans les colloques ou jurys de thèse, les juristes sont souvent les plus éloquents » Au risque de vous surprendre, je souscris bien volontiers à cette assertion. J’y ajouterais que les maîtres de conférence en droit sont également plus éloquents que les maîtres de conférences des autres disciplines… 😉

    • Admettons… mais l’éloquence est-elle l’alpha et l’omega de notre métier? Elle l’est pour le concours, certainement. Une question: une personne atteinte de troubles de l’élocution, est-elle nécessairement mauvaise enseignante, mauvaise chercheuse? Il me semble que même une personne muette pourrait faire carrière à l’Université, moyennant quelques aménagements…

    • Cadoudal dit :

      Je rejoins suppressionagrégation. Il est certainement exact que les juristes sont plus « éloquents » que les mathématiciens, les géographes ou les physiciens (ou les économistes ?). Mais après tout c’est l’inverse qui serait inquiétant : classiquement, c’est l’essence même du métier de juriste que d’apprendre à parler et à déployer des arguments pour convaincre qu’il a raison. Cependant, Schopenhauer nous a expliqué que l’art d’avoir raison n’est pas celui d’avoir la vérité : le savoir du juriste est-il plus pertinent que celui du sociologue pour comprendre le monde parce qu’il est présenté de manière plus « éloquente » ?

      J’ajoute, parlant « d’éloquence » du juriste que, si elle est sans doute réelle, elle n’est peut-être pas si efficace qu’on le dit. Je veux dire que si elle produisait tous les effets qu’on pourrait en attendre dans un métier d’enseignement (id est faire comprendre et passer un message), les taux de réussite en 1e voire en 2e année de droit ne seraient peut-être pas si ridicules. C’est sympa de savoir frimer à l’imparfait du subjonctif, mais je ne pense pas que ça soit le mode verbal le plus efficace pour s’adresser à des étudiants de nos jours…

  6. Sweet dit :

    entièrement d’accord avec le commentaire de Cadoudal.

    Concernant plus précisément Olivier Beaud, celui-ci est devenu une caricature de lui-même, Il se dit que même certains agrégés, plutôt réalistes sur leur l’avenir du simulacre, lui demandent même, de manière subtile, de s’abstenir d’écrire des tribunes qui désert à l’évidence leur cause tant ses propos sont caricaturaux et infondés.

    Concernant la question de l’éloquence, je peux vous assurer que c’est encore un des vieux fantasmes que véhiculent, surtout auprès des jeunes MDC, les défenseurs de cette mascarade qu’est l’agrégation

    Pour avoir siégé au sein de jury de thèse avec des agrégés, notamment ces derniers mois, je me demande encore , au regard de leur manière confuse et inaudible d’exposer leurs arguments, ceux-ci s’exprimant dans leur barbe, comment ils ont pu être reçus sinon en raison d’autres critères que des critères objectifs/scientifiques.

  7. Dark Vador dit :

    Le problème c’est que Beaud ne brille pas par ses grandes découvertes comme la plupart des profs de Paris 1 et Paris 2, la plupart sont sortis des écrans radars. La vraie question qui se pose est la suivante: si on supprime l’agrégation du supérieur, comment va-t-on placer les fils et les filles de… et les thésards des copains et des copines ? That’s the question

  8. Cadoudal dit :

    Je viens de lire le papier de O. Beaud in extenso. C’est encore bien pire que la recension proposée par ce post ne le laissait entendre… Autres morceaux choisis :

    On relèvera ainsi cette petite formule employée presque par inadvertance par O. Beaud pour souligner que les agrégés n’ont pas que des privilèges mais également des devoirs et qu’ils doivent les remplir (manquerait plus que ça, qu’il ne les remplissent pas ! Heureusement, ça n’arrive jamais, bien sûr…) : « Noblesse oblige ! » Quel superbe aveu de l’idée que certains agrégés (pas tous, heureusement !) se font d’eux-mêmes. Les choses sont donc à présent claires : pour O. Beaud, il y a d’un côté le Tiers Etat, les MCF et les Pr non agrégés du 1er concours représentant vraisemblablement la bourgeoisie et les ATER, doctorants, vacataires et autres précaires constituant la masse paysanne et ouvrière. De l’autre il y a l’Aristocratie : les agrégés 1er concours (Olivier Beaud ayant, par un aimable obiter dictum, profité de son papier pour communiquer au monde le mépris dans lequel il tenait feu le 2nd concours d’agrégation). Et qui fait le clergé ? Le ministère ? (Problème : Vallaud-Belkacem et Fioraso ne mettent jamais de robe.) En tous cas, Olivier Beaud devrait peut-être se méfier : il ne peut manquer de se souvenir qu’il est de tradition, en France, de couper la tête à quelques aristocrates de temps à autres…

    On notera aussi cette affirmation selon laquelle le fait de devenir Pr par la « voie longue » ou la « voie courte » procéderait exclusivement du localo-clientélisme et que ceux qui compteraient sur une telle promotion le feraient donc « moins en travaillant sérieusement qu’en « rendant des services » de toutes sortes dont la contrepartie – toujours implicite, évidemment – est la promesse d’un futur recrutement comme maître de conférences d’abord, et comme professeur ensuite, sans jamais se frotter aux rudes exigences du concours d’agrégation. » Bon, bon, bon, autre message clair de O. Beaud : MCF de France, sachez-le, lorsque vous faites autre chose que préparer l’agrégation, vous ne travaillez pas sérieusement, vous flemmardez en rendant de menus services à des mandarins. Donc abandonnez immédiatement toutes ces activités dilettantes et serviles consistant inutilement à diriger des diplômes ou des instituts, siéger au CNU, participer à des conseils centraux, animer des équipes de recherche, monter des colloques, préparer une HDR, diriger des mémoires voire des thèses, etc. Entamez dès à présent la seule et unique activité qui ait de la valeur scientifique et universitaire : fichez l’AJDA et la RFDC des dix dernières années afin d’être au point pour les questions de la prochaine épreuve sur travaux de l’agrégation !

    Avec de tels défenseurs, l’agrégation est effectivement bien mal servie. Je le dis en toute sincérité : je ne suis pas un partisan inconditionnel des procédures alternatives à l’agrégation (elles ont effectivement des défauts substantiels qu’on ne pourrait obvier qu’en les assortissant de garanties complémentaires actuellement inexistantes en France), ni un ennemi résolu de l’agrégation (je me contenterais d’une réduction du contingent des postes y réservés ou, encore mieux, d’une bonne réforme de celle-ci). Mais quand je vois le genre de pensée obtuse que produit l’obtention de l’agrégation chez certains, je me dis qu’il devient vraiment urgent de se débarrasser de ce concours qui permet ces personnes de se croire habilitées à énoncer de telles insanités avec l’autorité du lauréat…

  9. Sweet dit :

    Pour ma part, je suis pour la suppression de ce concours et l’application du régime de droit commun.
    Le maintien du régime dérogatoire ne reçoit strictement aucune raison objective.
    Il suffit pour cela de constater la pauvreté sinon la désolation de la recherche menée par les agrégés qui préfèrent emplir les cabinets d’avocats, ou bien délaisser leurs fonctions pour d’autres, plus lucratives, ou tout simplement disparaître des écrans radars.
    Il faut savoir que la fuite vers les cabinets ou d’autres fonctions s’explique par la circonstance qu’ils ne sont aussi bien rémunérés en dépit de ce qu’allègue Beaud. Ceux que je connais ( ils sont nombreux) me disent ô combien ils estiment que leurs émoluments sont insuffisants (pourtant le traitement est confortable et correspond à peu près à celui d’un MDC hors classe, avec primes et qui publie).
    Ces agrégés reconnaissent volontiers qu’ils s’échinent à faire des consultations ou occuper d’autres fonctions chronophages hors de l’université pour l’intérêt financier. Ils admettent qu’ils désertent l’université. I
    Dernier point : des personnages comme Beaud lequel frise le ridicule ne font que grossir les rangs des opposants au concours d’agrégation, et c’est heureux. Beaud omet de nous éclaircir sur deux problématiques majeures que soulève ce concours : la consanguinité et le copinage.

  10. Cadoudal dit :

    En fait j’ai compris : contrairement à toutes les apparences, Olivier Beaud est un adversaire farouche de l’agrégation : il fait le troll !!! Donc grand merci à lui de sacrifier sa réputation et sa crédibilité pour favoriser ainsi l’inflation des rangs des opposants à l’agrégation.

  11. PalmyreEtZulma dit :

    Il me semble qu’à focaliser le débat sur le concours d’agrégation, on manque la question essentielle, qui est évidemment centrale dans la critique du concours, mais qui n’apparaît dans le débat ainsi mené que de façon très accessoire.
    Raisonnons sans égards pour les mérites ou les défauts du concours : admettons même qu’Olivier Beaud ait raison sur tout ce qu’il écrit à propos des qualités du recrutement des enseignants-chercheurs par l’agrégation – ce qui n’est pas mon avis, mais peu importe. Le problème majeur dans sa façon de réfléchir, comme dans celle de la plupart des défenseurs de l’agrégation, c’est qu’elle identifie le personnel enseignant-chercheur des sections CNU à agrégation aux agrégés, à l’exclusion des maîtres de conférences. Dire que l’agrégation permet le recrutement de jeunes universitaires talentueux (ce que l’on ne conteste pas au-delà d’un certain point), dire que l’agrégation permet de concilier excellence et enseignement de masse, dire, au fond, que l’agrégation sert le service public de l’enseignement supérieur, c’est oublier qu’à côté des agrégés, il existe aussi, à l’université, des maîtres de conférences qui exercent les mêmes fonctions que les lauréats du concours (enseignement et recherche). Or, pour cette majorité d’enseignants-chercheurs (j’ignore la proportion exacte de MCF – PU : 2/3 – 1/3 ? 3/4 – 1/4 ?) le système tel qu’il existe aujourd’hui est absolument contreproductif.
    S’il l’on essaye un instant de songer à l’intérêt du service de l’enseignement supérieur, sans songer principalement à la défense des intérêts du corps auquel on appartient (défense qui, soit dit en passant, ne me semble pas complètement illégitime), peut-on véritablement soutenir qu’un système qui interdit, dès l’entrée dans le corps, à deux enseignants-chercheurs sur trois d’avoir la moindre perspective d’évolution favorable dans la carrière est un système qui sert cet intérêt ? Pour le dire encore autrement : il est bon de songer à l’intérêt du service et de vanter (pourquoi pas ?) dans cette perspective, les mérites de l’agrégation et les qualités des agrégés. Mais il ne faut pas oublier que les agrégés sont minoritaires et que les maîtres de conférences font aussi vivre le service. Or, le corps des maîtres de conférences, corps de transition dans les disciplines sans agrégation où la plupart des jeunes maîtres de conférences peuvent, à condition de travailler correctement, accéder, au bout d’une dizaine d’années de service, au corps des professeurs d’université, est, en pratique, un corps sans issue pour les maîtres de conférences des sections du CNU à agrégation.
    Cet argument de la misère des membres du corps est balayé par la plupart des défenseurs de l’agrégation qui soutiennent que les MCF malheureux n’ont qu’à passer (et réussir) l’agrégation pour se sortir de l’impasse. Eu égard à leur nombre et au nombre de postes offerts à l’agrégation, la réussite de quelques-uns ne changerait en rien la situation générale, puisque mécaniquement un nombre important de MCF resteraient sur le carreau.
    Si l’on s’intéresse sincèrement à l’intérêt du service de l’enseignement supérieur, c’est donc à la situation des MCF autant, au moins, qu’à celle des professeurs, que l’on doit s’intéresser. Or la focalisation sur l’agrégation et sur ses mérites (pour ses défenseurs) ou sur ses défauts (pour ses pourfendeurs) occulte le problème fondamental – toujours présent en toile de fond, mais rarement évoqué précisément – qui est celui de la détresse professionnelle de la plupart des MCF.
    Si le concours d’agrégation est mauvais, c’est surtout parce qu’il opère une discrimination quasi-définitive, et ce dès leur plus jeune âge, entre les enseignants-chercheurs. Les non-agrégés, enseignants-chercheurs à part entière malgré tout, sont condamnés à subir en raison de cette tare originelle que constitue la non réussite au concours une vie professionnelle de vexations permanentes (qu’il s’agisse du choix des enseignements, des difficultés rencontrées pour publier, pour organiser un colloque ou pour y participer – il faut souvent, dans ces circonstances, être placé sous la tutelle d’un professeur – ou encore du traitement).
    Il ne faut donc jamais oublier, si l’on songe à l’intérêt du service de l’enseignement supérieur, que les agrégés ne sont pas seuls à faire vivre l’Université, et qu’il serait de l’intérêt du service de songer à une évolution du statut des maîtres de conférences dans les disciplines juridiques et économiques.

    • Cadoudal dit :

      Remarques globalement pertinentes de PalmyreEtZulma. C’est d’ailleurs pour cela que, s’il fallait forcément laisser subsister un concours de la forme de l’agrégation, il ne faudrait pas le placer sur le cliquet du passage de la maîtrise de conférences au professorat mais plutôt sur celui du passage du doctorat à la maîtrise de conférences (on oubliera ceux qui nous expliquent qu’il n’est pas formellement nécessaire d’être MCF avant d’être agrégé : ce blog a montré, chiffres à l’appui, à quel point cette hypothèse est négligeable en pratique). C’était d’ailleurs plus ou moins le cas jusque dans les années 1970 : le concours d’agrégation servait alors à recruter les maîtres de conférences (même si ceux-ci n’étaient alors pas tout à fait identiques, en statut et en missions, aux MCF actuels) et les « professeurs titulaires » étaient recrutés par concours sur titre et travaux. C’est ce stupide décret de 1984 qui a inversé la situation et créé cette étrange dichotomie entre deux corps de fonctionnaires tous deux recrutés à durée indéterminée avec le même niveau de diplôme, les mêmes garanties statutaires d’indépendance et presque les mêmes missions mais choisis pour les uns sur travaux (les MCF) et pour les autres sur agrégation (les Pr).

      D’autant que, comme cela a déjà été dit souvent (et notamment sur ce blog) il est absurde de considérer que seules les personnes ayant reçu cette onction du Saint Chrême universitaire(comprendre : l’agrégation) sont institutionnellement désignées comme aptes à faire des CM devant des masses d’étudiants dans des amphis bondés (c’est un des arguments de O. Beaud dans son papier pour justifier l’agrégation : seule l’agrégation attesterait de la qualité pédagogique indispensable à ce difficile exercice) puisque les MCF peuvent en faire autant et le font déjà ! Il me souvient d’ailleurs que, étudiant durant ma première de droit à Lille, si Olivier Beaud lui-même faisait le cours de constit’ de 1e année devant notre amphi bondé, c’est un MCF de 01 qui faisait le cours d’intro au droit, droit des personnes et droit de la famille devant le même amphi bondé (je souligne que je n’ai pas souvenir que ce MCF eut accompli son ouvrage substantiellement moins bien que Olivier Beaud).

      Donc, si l’on voulait être logique en posant, comme le fait Olivier Beaud, que l’agrégation est le seul certificat de qualification professionnelle habilitant à pratiquer « l’enseignement de masse », il faudrait (alternative) :

      1° – Interdire à tous ces MCF si défaillants de faire des CM devant de gros amphis, notamment en licence où l’on trouve les effectifs les plus massifs, et réserver absolument ces enseignements aux agrégés. Or qui connaît bien les facs de droit sait que ce n’est pas toujours ce que l’on observe… Au contraire, certains agrégés ont tendance à se focaliser sur les cours en Master, not. en master 2, sans doute parce qu’ils sont plus « élevés » au plan intellectuel (et peut-être aussi parce qu’ils génèrent, ce qui n’est pas négligeable, souvent moins de copies à corriger que les amphis de L1. Allez, allez, ne me dites pas que vous n’y avez jamais pensé en prenant un cours…). Olivier Beaud en constitue d’ailleurs une illustration : sa page perso sur le site de P II (l’adresse nous étant aimablement fournie par POC dans une réponse quelques lignes plus haut) nous informe qu’il enseigne « le droit constitutionnel en M1 et en M2 de droit public ainsi que la philosophie du droit et la théorie de l’Etat en Master 2 de philosophie du droit »…

      2° – Faire de l’agrégation le sésame de l’entrée dans la carrière universitaire en général et non pour l’entrée dans le professorat. La barrière entre le Pr et le MCF s’abolirait alors d’elle-même.

      Je ne dis pas que ce sont de bonnes solutions. Mais ce sont celles que devraient prêcher Olivier Beaud et ses épigones s’ils voulaient être cohérents avec eux-mêmes ne serait-ce qu’un instant…

      • POC dit :

        Je plussoie volontiers sur les compliments adressés à PalmyreEtZulma. La question du statut des mcf n’a d’ailleurs pas échappé aux observateurs les plus vigilants : v. AJDA 2011, p.1457. Malheureusement, je ne crois pas qu’on ait commencé à « réfléchir à cette question du statut des maîtres de conférences car il n’est satisfaisant pour personne » comme le suggérait l’auteur.

        Cher Cadoudal,

        je n’ai pas eu la chance de faire ma 1ère année de droit en section B à Lille II en même temps que vous mais après qu’Olivier Beaud eût abandonné le cours de droit constitutionnel de première année. Mais un très bon ami qui avait suivi ce cours l’année d’avant m’avait rapporté cette remarque faite en début d’année, quelque chose du genre : « au cours de vos études, vous rencontrerez des professeurs qui feront des bons ou des très bons cours mais aussi des professeurs qui feront des mauvais cours et des maîtres de conférences qui en feront de meilleurs que certains professeurs ». Vous confirmez ?

        • Cadoudal dit :

          Cher POC,

          Très honnêtement, je n’ai pas souvenir de tels propos dans la bouche de Olivier Beaud. Toutefois, n’ayant jamais eu la fibre très constitutionnaliste, je n’avais pas pris la matière à l’écrit et j’avoue, à ma plus grande honte, que j’y séchait un certain nombre de séances… Il se peut donc que :
          – Soit j’ai oublié cette phrase qu’il aurait effectivement prononcée devant nous ;
          – Soit cette phrase aurait été prononcée lors d’une de mes absences.

          En tous cas, elle colle assez bien au personnage que j’ai vu alors professer en chaire. C’est un fait que son cours était assez brillant et, comme le disais plus haut, il s’y livrait parfois à une (relative) contestation de certains ordres établis.

          (Quelle mémoire ! C’était effectivement la section B, je l’avais moi-même oublié…)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :