Analyse des résultats de l’admissibilité en droit privé

Nous avions publié une photographie des candidats en droit privé puis une analyse des résultats de l’admissibilité. Voici l’état des lieux après l’admissibilité. Les réserves précédemment émises sur l’analyse de ces chiffres restent évidemment valables.

1. L’agrégation comme seconde porte d’accès à l’université

Il n’y a plus, parmi les admissibles, de personnes « à la porte de l’université » (ils ont soutenu leur thèse en 2011 et avant, et n’étaient pas MCF au jour de leur inscription). L’agrégation, nous ne cessons de le répéter, est un mode de promotion, non de recrutement.

 

2. La jeunesse scientifique des candidats

La tendance déjà observée se confirment… les jeunes candidats (disons, ceux qui ont soutenu entre 2008 et 2013) ont le vent en poupe. Cela est bien inquiétant pour les plus anciens, d’autant plus que le CNU n’a pas joué le jeu de l’article 46-1 (voir l’article de Pierre Dubois, signalé par l’un de nos lecteurs, Montesquiou: https://histoiresduniversites.wordpress.com/2015/03/13/des-juristes-font-fi-de-la-loi/ )

Répartition admissibles année soutenance

 

 

3. Le sexe des candidats

Rien à redire sur ce point, le rapport d’environ 60% d’hommes et 40% de femmes se maintient sensiblement de la candidature à l’admissibilité. Point de discrimination liée au sexe, ni positive ni négative… Reste une énigme: les femmes, largement majoritaires dans les amphis, restent minoritaires à la chaire..

 

4. L’université de soutenance

Voici la réparation des candidats selon leur université de soutenance (Toulouse, fort bien représentée dans le jury, est traitée à part):

Candidats par Université de Soutenance

Et voici la répartition des admissibles selon leur université de soutenance:

Admissibles par université de soutenance

La province hors Toulouse, qui fournit près de la moitié des candidats, offre guère plus du quart des admissibles ; alors que PI et PII qui donnent un peu plus du tiers des candidats offrent bien plus de la moitié des admissibles

En termes d’espérance, cela donne, pour un provincial non toulousain, ceci:

Espérance admissibles Province

Mais pour un parisien de PI ou PII:

Espérance admissibilité PI PII

Est-il vraiment besoin de commenter ces camemberts? Si vous venez de Paris I ou de Paris II, vous avez deux fois plus de chance d’être admissible qu’un provincial… Bien sûr, des lecteurs vanteront la qualité des candidats parisiens, et nous accuseront de sous-entendre une partialité du jury. Ce n’est pas ce que nous voulons dire: l’agrégation est une entreprise permettant d’asseoir la domination de deux universités qui forment des professeurs qu’elles se gardent bien de recruter, mais qu’elles envoient en mission dans les coins les plus reculés du territoire national…

5. Candidats et lien avec le jury

Nous avions également évalué le nombre de candidats ayant un lien avec le jury (voir l’article précité pour éclairer cette notion).

CAndidats et lien avec le jury

Voici la répartition des sous-admissibles, selon le même critère. Le biais essentiel provient de la surreprésentation des parisiens parmi les admissibles.

Admissibles lien avec le jury

 

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Publié dans Arguments
19 comments on “Analyse des résultats de l’admissibilité en droit privé
  1. Commentaire dit :

    L’étude est intéressante. J’émettrais toutefois deux réserves de fond. D’une part, le critère du « lien » avec le jury est peu révélateur. S’il a du sens dans une petite fac où tout le monde se connaît, il ne rime à rien dans une grande université parisienne. Sont ainsi taxés de « lien avec un membre du jury » des candidats de Paris 1 ou Paris 2 qui n’ont jamais de près ou de loin croisé des membres du jury. D’autre part, comment taxer ou même sous-entendre que le jury serait partial alors que les Toulousains ne comptent que pour 2% des admissibles ? On est bien loin des écueils d’il y a quelques années, où Aix-Marseille était sur-représentée.

    • Vous évoquez le cas, dîtes-vous, d’Aix Marseille. Nous avons la plus grande estime pour cette Faculté exemplaire. Comment se pourrait-il, à vous lire, qu’il y ait eu des abus ? Des candidats auraient pu avoir été éliminés pour qu’on en mette d’autres ? C’est invraisemblable. Je n’y crois pas un seul instant. Je crois en la vertu, la probité et la déontologie au sein des Facultés de droit.

    • Nous ne faisons, par ce critère, que reprendre une étude menée et publiée (voir les références dans les posts cités). Mais nous convenons qu’il n’a que peu de sens… Et nous nous accordons pour dire que la probité de ce jury n’est pas en cause: Toulouse n’est pas favorisée, et il n’y avait pas un nombre significatif d’élèves des membres du jury dans le concours.

  2. Nanou dit :

    Il y a je crois une erreur dans votre analyse. Un admissible figure sur la liste des qualifiés Mcf de cette année ce qui veut dire qu il n est pas Mcf. Sinon votre analyse globale est intéressante.

    • Bonjour,

      Merci pour votre vigilance, mais ce n’est pas une erreur: nous ne comptons comme « à la porte de l’université » que les non-mcf qui ont soutenu avant 2011. Les candidats ayant soutenu en 2014, par exemple, sont par définition « non-mcf » au jour de leur inscription. Ce que nous voulons montrer, c’est que l’agrégation n’est pas une voie « de rattrapage » pour ceux qui seraient victimes des injustices de la procédure MCF, puisque les admissibles aujourd’hui, les lauréats demain, ne sont pas « à la porte de l’université ».

  3. Montesquiou dit :

    A quand une analyse des résultats de la première campagne 46-1 (au-delà du très faible taux de qualification) ? Si vous avez l’information sur la liste des qualifiés, leur université, leur parcours, leurs âges, leurs publications, si éventuellement ils sont membres du CNU ou proches de membres du CNU, cela pourrait être aussi intéressant que l’analyse faite pour l’agrégation. Pour la section 01, notamment.

    • Nous n’avons pas même les noms des qualifiés… et ce manque de transparence est regrettable. Si l’on en sait plus, et que nous avons assez de temps, nous tenterons une telle analyse. Et nous réitérerons l’idée selon laquelle le CNU croit pouvoir se cacher derrière son petit doigt parce qu’il considère – très paradoxalement – que l’agrégation externe est une voie de recrutement à protéger. Nécessairement, après la suppression de cette dernière, de tels résultats ne seront pas possibles.
      Nous avons hiérarchisé nos combats: nous militons d’abord la suppression de l’agrégation externe, ensuite pour des réformes plus larges. Un avant-goût: il faudrait que, au CNU, comme dans toutes les institutions sérieuses, les rapporteurs soient extérieurs à l’organe délibérant, et anonymes.

      • Montesquiou dit :

        J’ai appris qu’une liste circulait et j’essaie de l’obtenir. Si tel était le cas, je me ferai une joie de vous l’envoyer. Par ailleurs, sur cette liste, je sais qu’il y a Mme ************** (Université de Rennes, non membre du CNU), Mme ************ (Université de Poitiers, non membre du CNU) et M. ******** (Université de Caen, 2e Vice-président du CNU).

        • Cher Montesquiou,

          Nous avons édité votre commentaire pour retirer les noms de famille, notre politique étant de ne pas viser les personnes…

          Merci pour votre collaboration,

          • Montesquiou dit :

            Viser les personnes ? Il n’y a pas de honte à être qualifié par le CNU. Il faudra également penser à retirer le nom de famille des personnes admissibles au concours d’agrégation puisque vous visez des personnes. Et vous oubliez par ailleurs que l’article 46-1 prévoit la publication par le CNU de la liste des qualifiés au fonction de professeur (le délai de publication n’étant pas précisé). Il n’y a donc aucun secret à garder. Je trouve dès lors votre décision complètement ridicule.

            • Je comprends votre agacement… dès lors que la liste aura été rendue publique, cela ne nous posera plus aucun problème de la publier… Il est vrai que l’expression « viser des personnes » dans notre réponse était mal approprié.

            • Montesquiou dit :

              Publication sur le site du ministère d’une étude chiffrée sur les qualifications 2015. Taux de qualification en section 01 de 29, 5 % pour les MCF et de 8 % pour les professeurs. Parmi les 14 candidats qualifiés professeurs, 10 femmes, 4 hommes. A titre de comparaison, les sections 05 et 06 ont qualifié aux fonctions de professeur à des taux respectivement de 58 % et 30 %. Une conclusion : soit la section 01 du CNU n’aime pas les MCF (= il n’y a que l’agrégation), soit les MCF en droit privé sont très mauvais et ne méritent pas d’accéder aux fonctions de professeur.

  4. Nanou dit :

    Bonjour, effectivement j’avais mal lu le critère de la personne « à la porte de l’université ». Mais pourquoi retenir une date de soutenance avant ou en 2011. Une personne ayant soutenu par exemple en 2012 et non recrutée attaquerait cette année sa 3ème campagne MCF. Effectivement, si l’on se place au moment de l’inscription au concours au printemps 2014, elle n’avait essuyé qu’un seul refus. Néanmoins, n’est-il pas plus pertinent de se placer au moment où le jury statue puisque vous analysez les « résultats » de l’admissibilité?
    Or, en mars 2015, cette personne ayant soutenu en 2012 et non recrutée 2 fois est bien à la porte de l’université à mon sens.

  5. Agregatif dit :

    Bonjour,
    Je serais si heureux si vous vous renseignez un peu sur les résultats des admissions par la nouvelle voie post agrégation (46.1) : en droit, place au copinage entre civilistes, en économie, à la cacophonie et aux controverses habituelles, en gestion, au n’importe quoi faute de méthodologie.
    Honnie agrégation, tu avais malgré tout quelques mérites. On ne te regrettera pas à cause de tes dérives (parisianisme, coûts), mais le système t’a déjà remplacée par une autre usine à gaz aux résultats bien décevants mais hélas prévisibles.
    Vous qui adorez les comparatifs dont beaucoup se délectent, essayez de faire preuve d’objectivité en analysant les résultats du 46.1 avec le même degré de critique et de précision que ceux de l’agrégation.
    La comparaison n’en sera que plus intéressante.
    Merci d’avance !

    • Bonjour,
      Nous manquons pour l’instant de données, et de temps, pour explorer cette voie « de droit commun ». Nous pouvons toutefois faire observer:
      – que le souci du CNU 01 et 02 semble essentiellement de préserver l’agrégation… déviance qui sera inutile après la mort du concours.
      – que les sections à partir de la n° 7, qui n’ont que cette voie de droit commun ou presque, ne s’en tirent pas trop mal…
      Ceci dit, nous sommes d’accord pour constater le caractère scandaleux de la procédure de qualification PR de cette année dans nos sections. Plusieurs règles déontologiques pourraient être adoptées, et, pour celles qui existent déjà, respectées: recours à des rapporteurs anonymes, pas de participation aux discussions de ceux qui sont de la fac du candidat…
      Il y aura bientôt les élections pour le CNU… à chacun de nous de bien voter.
      Merci pour votre réaction.

  6. Sirius dit :

    Il serait intéressant de comparer l’attitude ultra-malthusienne de la section 01 du CNU et celle de la section sciences de gestion, qui a qualifié un grand nombre de candidats à la fonction de professeur.

  7. relativisons dit :

    Sur le faible nombre de qualifiés par les sections 01 et 02 : il faut mettre ce nombre en proportion avec le nombre de postes offerts à ce mode de recrutement. Certes, dans la section 01, il y a un taux de moins de 8% de qualifiés par rapport au nombre de dossiers. Mais il y a surtout 100% de plus de qualifiés 46-1 que de postes ouverts au titre de la procedure 46-1 (alors que le CNU qualifie plus ou moins le même nombre de maître de conferences qu’il y a de postes). 100% de qualifiés par rapport au nombre de postes, c’est déjà beaucoup. Aux facultés d’ouvrir des postes au titre du 46-1, puis au CNU d’en qualifier advantage.

    • Nous allons, à propos du rôle des facultés, bientôt publier sur ce sujet…
      Ensuite, mais la question est là même pour le recrutement MCF, il faut s’entendre sur le sens de la qualification au CNU: est-ce une simple préparation du recrutement (il faut donc que tous les qualifiés soient recrutés); ou est-ce l’attestation d’un niveau (les qualifiés ont le niveau d’être professeurs).

      • POC dit :

        J’aurais tendance à répondre « les deux mon général » : est-ce bien raisonnable de qualifier deux, trois fois plus de candidats qu’il n’y a de postes quand ceux-ci sont répartis dans toute la France ? C’est la politique de la section 4 pour la qualif MCF, afin de montrer qu’il y a beaucoup de bons candidats. Certes, mais après, au moment du recrutement, c’est un peu la boucherie. Quant à la qualification aux fonctions de PR, elle ne concerne que des MCF déjà en poste. Il est donc vrai qu’être qualifié mais non recruté n’a pas les mêmes conséquences financières qu’à l’entrée dans la carrière. Mais dans la section 2, c’est l’inverse ! Alors qu’il n’y avait que 13 postes, seulement 9 qualifiés. Ah, les mcf qui ont le niveau pour devenir professeur, ça court pas rue ma bonne dame !

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