Rapport sur l’agrégation de droit public 2013-2014

Le jury du précédent (nous aimerions écrire « le dernier », dans le plein sens du terme) concours de droit public a rendu son rapport (merci Twitter pour l’info): http://t.co/IrUnBrXTpg

Soulignons qu’il débute par des Remarques générales sur la nécessaire pérennité du premier concours national d’agrégation comme mode de recrutement principal des professeurs de droit public… aveu selon lequel le concours ne se justifie plus par lui-même, puisqu’il faut lui trouver des raisons d’exister. Chers lecteurs, vous pourrez les lire, mais nous avouons évidemment ne pas être convaincus.

Au fil des pages, ce rapport nous a permis de bons moments de détente, voire de franche rigolade. (Note à ceux qui se trouveraient ici par hasard: il s’agit de recruter des professeurs des universités):

« Le jury a été frappé par la maîtrise des contraintes temporelles de la leçon par la quasi totalité des candidats qui ont eu l’occasion d’en présenter »

« Certaines questions (au cours de la première épreuve, puis à l’issue des troisième et quatrième épreuves), qui paraissaient prévisibles, compte tenu des centres d’intérêt connus de tel ou tel membre du jury, se sont néanmoins heurtées à l’ignorance du candidat »

« le jury a toujours entendu vérifier la culture de publiciste des candidats, celle-ci devant permettre un traitement intéressant même de sujets dont la connaissance ne serait pas antérieure à leur tirage au sort. »

Quelques interrogations aussi:

« les locaux dans lesquels se sont déroulées les épreuves du concours, il s’est agi de ceux de l’Université Paris II au 7e étage du Centre Assas, 92, rue d’Assas, dans le 6e arrondissement » (ça ne choque que nous que l’une des universités qui, sans mettre de postes au concours, fournisse un gros contingent d’agrégés, soit celle qui héberge le concours?)

« Par ailleurs, l’agrégation permet aux jeunes attirés par la recherche et l’enseignement du droit de devenir professeur sans avoir à attendre trop longtemps pour cela – concrètement dès la trentaine – ce qui permet de retenir dans la carrière universitaire des éléments brillants qui, à défaut de cette perspective, auraient opté pour des professions plus immédiatement gratifiantes, y compris en termes symboliques, refusant les aléas d’une trop longue période d’incertitude avant d’espérer pouvoir accéder au grade de professeur. Cet argument doit particulièrement retenir l’attention dans le domaine du droit, où la concurrence de milieux professionnels, en quête de jeunes talents et non démunis d’arguments pour les attirer, est vive. » (Surprise n° 1: il nous semblait que c’était plutôt après l’agrégation que les sirènes de l’activité libérale se faisaient plus audibles; Surprise n° 2: la profession de MCF n’est donc pas gratifiante « en termes symboliques ». En effet, nous notons bien le mépris dont nombre d’entre nous sont quotidiennement affublés, merci de l’avoir reconnu).

Nous applaudissons en revanche à deux mains la proposition de suppression de la leçon de 24 heures (suppression faite par un jury qui a réintroduit l’usage de la réécriture de la leçon de la main du candidat); nous notons avec intérêt qu’il est consigné noir sur blanc que des universités accordent un soutien financier dont on pourrait discuter de la légalité aux candidats:

« Le problème de la suppression de la leçon de vingt-quatre heures est depuis longtemps posé. Il est apparu que cette épreuve confirmait pour l’essentiel l’impression générale éprouvée sur les candidats : elle n’a « agrégé » ou « désagrégé », à elle seule, personne. Ses vertus confirmatives, sa force symbolique, la preuve qu’elle oblige le candidat à faire de ses capacités à diriger une équipe, enfin sa dimension de « rite de passage » justifient-elles son maintien ? On avoue n’en être pas entièrement convaincu, compte tenu surtout du fait que ce type d’épreuve accentue les inégalités entre les candidats. D’abord entre les candidats habitant Paris et les autres, puisque ces derniers doivent assurer l’hébergement et les repas des membres de leur équipe et dominent moins bien la documentation que leurs rivaux habitués à travailler dans les bibliothèques parisiennes. D’une manière générale, les aspects matériels de l’épreuve sont plus lourds pour eux (réservations hôtelières, nécessité de transporter une documentation souvent importante, etc). S’y ajoute l’inégalité entre candidats auxquels leur université accorde un soutien financier, de surcroît d’importance variable, et ceux n’en bénéficiant pas. Enfin, il faut mentionner d’autres facteurs d’inégalité que comporte cette épreuve, selon la disponibilité des membres pressentis de l’équipe (les hasards de l’ordre de passage peuvent rendre impossible le concours qu’un(e) coéquipier/ère aurait promis à plusieurs candidats) ou la capacité à mobiliser de bons équipiers/ères (il faut être dans les bons réseaux, ce qui est plus difficile dans une petite université ; un décalage par rapport à la tranche d’âge dans laquelle se situent les candidats au concours peut être gênant).« 

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Publié dans Décryptages

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