Photographie des candidats à l’agrégation de droit privé

Non, bien entendu, nous n’avons pas de photo de groupe… mais quelques éléments. Nous avons recherché les informations disponibles librement sur internet (thèses.fr, sudoc, sites des universités…): il peut arriver que certains points manquent, d’où, parfois, des totaux inférieurs aux nombres de candidats. La marge d’incertitude n’excède toutefois pas 1%.

Certaines années, les commentateurs de blogs s’étaient enflammés à propos de la proportion de lauréats dont les thèses avaient été dirigées par les membres du jury. Sur le concours 2014-2015, le nombre de candidats dont la thèse a été dirigée par un membre du jury n’est pas significatif.

1. L’agrégation comme seconde porte d’accès à l’université

Le « concours » devrait être maintenu, selon certains, en ce qu’il offre une seconde porte d’accès à l’université. Ceux qui ne peuvent gagner cette maison par l’entrée des domestiques (maîtrise de conférences), entreraient directement par la grande porte du professorat.

Sur 240 candidats admis à concourir (certains se sont déjà désistés, mais nous ne prenons en compte que les admis à concourir: les auto-éliminations faisant partie des biais du concours), 149 étaient déjà maîtres de conférences au moment de leur inscription. Ils sont plus nombreux désormais, depuis la session synchronisée de recrutement MCF 2014… mais les données nous manquent. Bref, pour tous ceux-ci du moins, le concours est une voie de promotion, non de recrutement en tant qu’enseignant-chercheur.

Intéressons-nous à ceux qui, et qu’ils ne tirent pas offense de l’expression, sont laissés à la porte de l’université. Nous désignons par ce terme ceux qui ont soutenu leur thèse en 2011 et avant, et qui ne sont pas maîtres de conférences au jour de leur inscription. Ils sont 25, et nombre d’entre eux ont été qualifiés par le CNU.

2. La jeunesse scientifique des candidats

Les docteurs sont incités à s’inscrire au concours sitôt la soutenance passée, cela n’est un secret pour personne. Sans surprise, les thèses récentes sont donc nombreuses.

CAndidats par année de soutenance

3. Le sexe des candidats

Le sexe féminin, largement majoritaire dans les amphithéâtres, est minoritaire en chaire. L’on sait aussi que, sauf une exception paritaire, les agrégés de droit privé sont plus nombreux que les agrégées de droit privé (voir ici). Les candidats, cette année, accusent un différentiel de 14 points entre hommes et femmes.

CAndidats par sexe

4. L’université de soutenance

La Province fournit plus de la moitié des candidats. Paris I et Paris II, à elles-deux, un gros tiers… plus précisément:

Candidats par Université de Soutenance

5. Candidats et lien avec le jury

Cette rubrique mérite deux mots d’explications… car lorsque nous avons établi que, lors du concours de droit public de cette année, 24 admis sur 30 (soit 80%) avaient un lien avec le jury, l’on nous a a reproché de douter de l’impartialité du jury, d’insulter les agrégés…

Tel n’est évidemment pas notre propos. Selon la méthode que nous reprenons de l’article L. Linnemer & A. Perrot, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le concours d’agrégation en sciences économiques, INSEE, Publication du Centre de recherche en économie et statistique, 2003-35, spéc. p.22 (consultable ici :  http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RECO_552_0275), se définit comme ayant un lien avec le jury un candidat:

  • dont le directeur de thèses est dans le jury
  • qui a soutenu sa thèse dans l’établissement d’affectation d’un membre du jury
  • qui est affecté dans l’établissement d’affectation d’un membre du jury

Nous sommes bien conscients qu’avoir soutenu il y a dix ans une thèse dans une grande boutique parisienne, sans jamais y avoir remis les pieds, fait de vous, si cette université a fourni un membre du jury, un « candidat ayant un lien avec le jury », alors même qu’il est possible que vous ayez croisé aux visites pour la première fois de votre vie ce membre du jury.

Néanmoins, cet indicateur est précieux, pour évaluer le taux d’endorecrutement, de cooptation pourrions-nous dire, qui pourrait exister dans ce concours. Expliquons-nous: il est soutenu que, si le concours était supprimé, nous sombrerions, à cause de la voie de droit commun, dans le despotisme des mandarins et barons de province, et serions terriblement affligés par le mal horrible du localisme, plus rigoureusement appelé endorecrutement. Dès lors, il n’est pas illogique de solliciter cet indicateur pour mesurer combien le concours d’agrégation permet d’échapper à cette tare, et à quel point les membres du jury sont enclins à sélectionner des candidats qui viennent d’autres horizons que le leur.

Cette année, une petite moitié des candidats a un lien avec le jury.

CAndidats et lien avec le jury

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Publié dans Arguments
12 comments on “Photographie des candidats à l’agrégation de droit privé
  1. soulas dit :

    Il faudrait faire la même étude pour le CNU où les travaux ne sont pas réellement examinés, vu la teneur des rapports émis. Il serait également intéressant de connaître le nombre des membres du CNU bénéficiant de promotions au cours de leur mandat. Bref, si l’agrégation n’est pas parfaite, le CNU ne l’est pas davantage. C’est tout le système de recrutement et de promotions qui est à revoir pour aller vers davantage de transparence. Pourquoi ne pas rendre public les rapports par exemple ? Lors des auditions par les universités, pourquoi ne pas rendre public la liste des personnes auditionnées ? …

    • La position de ce blog est claire : il faut supprimer l’agrégation du supérieur.
      Elle est radicalement injuste, coûteuse et nocive. Elle est le COEUR du mandarinat et de tous ses vices.
      Cette position, majoritaire au sein de l’Université, n’implique en aucune manière la renonciation à toutes les exigences internationales en usage dans le recrutement de droit commun. Nous sommes du côté de l’éthique, de la déontologie professionnelle, et de la probité.
      En revanche, il ne faut pas s’y méprendre. La critique éventuelle du CNU, qui n’est pas de notre fait et n’est pas notre propos, ne saurait en aucune manière, à supposer qu’elle soit fondée, justifier, excuser ou minorer le scandale que constitue l’agrégation du supérieur.

      • soulas dit :

        Je ne comprends pas ce raisonnement : comment peut-on critiquer un mode de recrutement sans regarder si celui qui subsistera ne présente pas les mêmes défauts ?
        A quoi bon vouloir remettre en cause un concours si cette suppression n’aboutit pas aux résultats que vous recherchez : l’éthique, la déontologie professionnelle et la probité. Ne faudrait-il pas y ajouter le respect des règles de droit ?

      • maintienagregation dit :

        Injuste, coûteuse et nocive. Ah… Injuste ? Il ne me semble pas que ma réussite à l’agrégation relève d’autre chose que du fruit de mon travail, et ce concours m’a permis, étant de condition modeste, d’accéder à un métier auquel mes origines sociales ne me permettaient guère espérer accéder. Le principe républicain a donc, me concernant, pleinement fonctionné. Coûteuse ? Pour moi, le déplacement de l’équipe vers Paris pour l’épreuve de 24h00, certes, mais c’est relatif ; pour le fonctionnement du jury, d’après ce que j’en ai entendu, le coût pour l’Etat n’est pas si important que cela ! N’est-il pas plus coûteux d’organiser les comités de sélection, différents pour chaque emploi ? Nocive ? L’époque du mandarinat, pour ce que j’en ai vu dans les 4 universités où j’ai été en poste, est révolue et la jeune génération n’est plus dans une logique qui permet au mandarinat de s’imposer.
        Je considère pour ma part (et je ne suis pas le seul, de sorte que lire que la position de la suppression est majoritaire au sein de l’université mériterait une vérification plus objective qu’une simple affirmation) que l’agrégation du supérieur est au contraire salutaire et permet de conserver une unité dans une institution qui est nationale, rappelons-le, et pour les meilleurs « jeunes enseignants-chercheurs » de s’engager dans cette carrière en étant relativement jeune, car s’il fallait attendre 45 ans pour passer professeur, autant se diriger vers d’autres professions juridiques, plus reconnues sur bien des plans. La suppression de l’agrégation serait un mauvais coup pour l’université.

        • Nous travaillons en ce moment à une actualisation de l’oeuvre de Molière.
          La première représentation aura lieu à Paris, sur la place du Panthéon.
          La pièce sera intégralement jouée.
          Son titre ?
          Le Méritocrate imaginaire.

          • Anonyme dit :

            « Le Méritocrate imaginaire » ? J’espère qu’il y aura, dans votre pièce, un acte consacré à la liste des agrégés des 20 dernières années, avec les éléments de leurs parcours. Nous pourrons alors discuter, sur pièces, du côté imaginaire de mes propos.

        • Goldorak dit :

          Si « l’époque du mandarinat […] est révolue », pourquoi diable craignez-vous les autres voies de recrutement?
          J’adore le chantage, sur l’air de: je suis juriste, j’ai plus d’opportunités dans le privé que ceux des autres spécialités universitaires, donc offrez-moi une voie dérogatoire de recrutement comme prof ou je me casse [Voir le récent poste d’A. Lavigne: ça marche aussi pour les économistes.
          Mais surtout, cher maintienagregation, là où vous plantez, c’est quand vous voulez que soit conservée une « unité dans une institution qui est nationale ». Eh non, depuis la renaissance, l’honneur des universités est d’être indépendantes. De quelle institution nationale parlez-vous? de l’ESR? Faites-moi rire… Mais votre réaction démontre bien ce qu’est, dans ses racines, l’agrégation: la marque d’une méfiance, d’une défiance, envers l’Université… dans le même esprit qui déconseillait les commentaires non-linéaires du Code civil, à une certaine époque… Le droit, expression de la volonté de la nation, est propriété des successeurs des Jacobins. Tout comme il n’y a qu’une Cour de cassation, il ne peut y avoir qu’un sésame pour être autorisé à le professer vraiment: notre concours d’agrégation: centralisé et uniformisateur. Dieu nous garde des audaces de la doctrine!

          • deleted dit :

            « pourquoi diable craignez-vous les autres voies de recrutement? » Mais où lisez-vous dans mon commentaire que je crains les autres modes de recrutement ? Je défends l’agrégation comme voie d’accès, mais je suis très favorables aux autres voies et notamment à celles qui permettent à des maîtres de conférences d’accéder au statut de professeur en pouvant rester dans leur faculté (dont j’ai appuyé la demande encore cette année dans mon université).
            « J’adore le chantage, sur l’air de: je suis juriste, j’ai plus d’opportunités dans le privé que ceux des autres spécialités universitaires, donc offrez-moi une voie dérogatoire de recrutement comme prof ou je me casse ». Où est le chantage ? Je suis professeur depuis 20 ans et n’envisage pas de « me casser » (et je précise que je ne suis pas de ceux qui cumulent) ; mais en effet, s’il n’y avait pas eu l’agrégation, j’aurai passé le concours de la magistrature, l’examen du notariat, ou celui du barreau. Je partage simplement les éléments d’un choix passé, et les critères qui m’ont permis de l’exercer.
            « depuis la renaissance, l’honneur des universités est d’être indépendantes. De quelle institution nationale parlez-vous? de l’ESR? » Il faudrait s’entendre sur ce qu’est l’indépendance… ce qui dépasse le cadre d’un échange sur blog. Mais je vous prie d’excuser ma naïveté quant au caractère national de notre métier. Je me permets de copier-coller le début du décret de nomination des professeurs des universités françaises (et non de telle ou telle université) : « Par décret du Président de la République en date du XXX, les personnes dont les noms suivent, admises au concours de recrutement de professeurs des universités par concours national d’agrégation dans la discipline de droit privé et sciences criminelles, sont nommées et titularisées en cette qualité à compter du 1er septembre 1995 et affectées à la même date dans les établissements… »
            « marque d’une méfiance, d’une défiance, envers l’Université… » Non, une défiance à l’égard de ceux qui veulent supprimer une voie nationale de recrutement pour lui substituer une voie locale. Il n’y a jamais d’institution idéale, mais autant préserver les avantages de chacune de celles qui existent…
            Et je vous avoue ne pas comprendre la fin de votre commentaire, qui conteste l’idée d’unicité de voie d’accès. Quelle est votre logique ? Vous critiquez une personne qui défend l’agrégation en lui faisant dire ce qu’elle ne dit pas (je le redis : je défends le maintien de l’agrégation mais tout autant les autres voies d’accès) et dans le même temps, vous demandez la suppression de l’agrégation pour arriver au résultat que vous contestez pourtant : puisqu’avec la suppression que vous prônez de l’agrégation, il n’y aurait plus qu’un accès local. Belle cohérence !

            • Aldous H dit :

              Je défends l’agrégation (…)
              Je suis très favorable (…)
              J’ai appuyé la demande (…) dans mon Université (…)
              Je suis professeur depuis 20 ans (…)
              Je n’envisage pas de me casser (…)
              Je précise (…)
              Je ne suis pas de ceux qui cumulent (…)
              J’aurais passé le concours de la magistrature (…)
              Je partage (…)
              Je me permets de copier-coller (…)
              Je vous avoue que je ne comprends (…)

              What else ?

    • Goldorak dit :

      Certes, le CNU n’est peut-être pas un organe parfait; néanmoins, il est élu. Si mon souvenir est exact, aux dernières élections, une liste au moins s’engageait à ce que ses membres ne sollicitent pas de promotions à cet échelon pendant leur mandat, par exemple. En outre, il ne me semble pas que dans les sections 7 et au-delà, les enseignants-chercheurs se plaignent tant que cela du mode d’accès au statut de professeur…

  2. C’est un aveu. L’agrégation ne respecte pas les règles de droit. Dont acte.

  3. soulas dit :

    Pour le CNU vous n’ignorez pas qu’un tiers de ces membres est nommé par le ministère ? Et que les autres proviennent principalement de listes établies par les syndicats. Les raisons de ces nominations ne sont pas rendues publiques : le choix du ministère est-il guidé par des raisons scientifiques ? J’en doute. Au demeurant, la vérification est simple à réaliser : à partir de la liste des membres du CNU, toutes sections, il peut être procédé à l’examen des CV des membres nommés. Et là, vous aurez des surprises !
    Par ailleurs et contrairement à ce que vous écrivez, les critiques sont nombreuses à l’encontre du CNU, parfois largement diffusées (une petite recherche sur le net suffira à vous en convaincre). Il est parfois soutenu que le CNU permettrait de lutter contre le localisme. Quelle plaisanterie !
    Une liste aurait promis de ne pas demander de promotions ? Avez-vous vérifié si la promesse a été tenue ? Et puisque nous parlons d’aveu (qui n’en est pas un au demeurant), n’y a-t-il pas là un aveu sur une règle (pas éthique, morale, déontologique mais juridique) qui devrait s’imposer : pas de promotions pour les membres du CNU au cours de leur mandat ?

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