Humble adresse à Mme la présidente du jury du premier concours (droit privé)

Madame la présidente,

 

Notre proposition, la suppression de l’agrégation, ne fait pas consensus. En revanche, l’accord se fait sur l’existence d’un certain nombre d’aspects délétères qui devraient être gommés. Permettez-nous de vous suggérer de ne pas attendre la fin des épreuves, comme votre prédécesseur, pour exprimer votre souhait de remédier à certains problèmes (s’il existe), ce qui lui a attiré des critiques. Voici quelques suggestions de principes que vous pourriez faire vôtres:

– Supprimez les visites (pas celles de condoléances, celles qui précèdent les épreuves). Elles manquent leur but proclamé (réduire les inégalités entre ceux qui seraient connus des membres du jury, et ceux qui ne le seraient pas), et renforcent inutilement l’impression de cooptation qui entoure ce concours.

Mise à jour 26 juin: nous lisons sur votre lettre relative à la séance d’information que les candidats qui le souhaitent pourront être reçus par le jury à l’issue de celle-ci. Cela nous semble être un bel enterrement des visites, dans leur aspect le plus formaliste. Bravo et merci!

– Diffusez par écrit sur le site du ministère les principaux points de la leçon inaugurale: que les candidats sachent à quoi s’en tenir, et puissent se référer à un document, sur l’étendue du programme, les exigences de forme…

– Nul ne peut être spécialiste de « droit civil », du droit des successions aux sociétés civiles; sans doute est-il possible de faire des sous-spécialités (en civil: famille et personnes/ Biens et patrimoine…). Bien entendu, les candidats ont déjà exprimé leur choix pour la matière de spécialité; il est simplement possible de les inviter à tirer leur sujet de spécialité dans un groupe de matières.

– La première épreuve est une épreuve sur travaux. Évitez qu’elle se transforme en « quizz ». Si vous en faisiez une épreuve de vérification des connaissances, vous décrédibiliseriez le doctorat, dont sont titulaires les candidats, en laissant sous-entendre qu’ils n’ont pas fait la preuve de leur maîtrise du droit. Il s’agit, nous croyons, pendant cette première épreuve, d’évaluer leurs qualités de chercheurs, ce qui est fort différent.

– La leçon de 24 heures cristallise les crispations. L’idéal serait de la transformer en leçon de 8 heures. Certes, la contrainte des textes réglementaires existe. Voici une suggestion: la leçon est effectivement en préparation libre de 24 heures. Toutefois, seules les notes produites par le candidat, en loge, peuvent être utilisées lors de l’épreuve (elles pourraient être scellées dans une enveloppe à la fin de la période de loge). Ainsi, chaque candidat a la possibilité de se servir de la loge (pendant 8 heures, ou plus éventuellement), éventuellement en apportant sa propre documentation, puis utilise le temps restant comme il le souhaite. S’il peut sortir des documents, il ne pourra en faire rentrer avant l’épreuve. Libre à lui d’avoir néanmoins réuni une équipe, pour se préparer aux questions par exemple.

– Le concours est chronophage et coûteux. Vous pouvez réduire ces inconvénients en procédant un peu comme l’ont fait les économistes. Le nombre d’admissibles devrait être équivalent (ou presque) au nombre de postes; le nombre de sous-admissible devrait être le double du nombre de postes. Pour 30 postes, 60 sous-admissibles, 30 admissibles. Les deux premières épreuves agrègent, les deux dernières classent. Sans doute est-ce toujours le cas. A-t-on vu réellement une personne 90ème à l’épreuve sur travaux être agrégée?

– Si vous mettez en œuvre la recommandation précédente, cela devrait vous permettre une fin de concours au mois de mai. Vous pourriez laisser ainsi au moins une dizaine de jours entre les résultats et les choix d’affectation, afin qu’une discussion s’engage entre les lauréats et les universités. De même, la constitution des services, l’attribution des responsabilités, seraient grandement facilitées.

 

Nous nous attendons à des commentaires du type « il est présomptueux et indécent de suggérer, lorsque l’on est candidat, au président de jury de changer les règles ». Nous avons beaucoup réfléchi sur l’agrégation. Nous en connaissons les travers, et certaines suggestions pour les atténuer. Qu’il ne soit pas tenu compte de celles-ci! Cela fait notre affaire, et hâte un peu plus la disparition de ce « concours »!

Nous vous adressons, Madame la présidente, nos meilleures salutations, et restons disponibles pour le débat.

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Publié dans Au jour le jour...
7 comments on “Humble adresse à Mme la présidente du jury du premier concours (droit privé)
  1. Mathias Couturier dit :

    On pourrait également suggérer à Mme la présidente de notifier clairement sa volonté de supprimer cette tradition en vertu de laquelle, lors de l’épreuve de 24 h (au moins en 01, en 02 j’ignore si c’est le cas), il est attendu des candidats qu’ils élaborent, en vue d’une leçon censée durer 45 minutes, un exposé d’une heure afin que celui-ci soit délibérément et rituellement interrompu par le jury lors de l’annonce des sous parties du II-B. Cette coutume nourrirait ô combien ces critiques narquoises qui, lors des Etats généraux de l’université, ont pu amener à qualifier le concours d’agrégation de « pittoresque et archaïque ». Toutefois, les non-juristes ignorent cette étrangeté, Dieu merci !, et, lorsque je discute avec des collègues d’autres disciplines de notre chère agrégation, je me garde bien de l’évoquer. Sachant qu’ils moquent déjà avec verve notre concours (ces philistins n’ont décidément rien compris à ce qui peut ainsi faire la beauté du monde et le sel de la vie !), s’ils l’apprenaient ils cesseraient d’en rire pour, plus logiquement, demander sans délai le placement en soins psychiatriques sans consentement de toute la section 01…

    • Cher Mathias, si j’en crois le compte-rendu de la réunion du 3 juillet, votre suggestion a été retenue. Merci de l’avoir faite! (et merci au jury de l’avoir entendue).

      • Mathias Couturier dit :

        J’ai vu ça, en effet. Tant mieux ! Ceci dit, qu’une coutume aussi insensée ait pu exister durant tant d’années ne laisse pas de m’interroger : comment diable a ainsi pu s’instituer une tradition en vertu de laquelle il serait formellement attendu des candidats qu’ils n’accomplissent pas l’intégralité de la présentation sur la base de laquelle ils sont évalués ? « L’excellence » qu’est censée faire ressortir cette épreuve aurait reposé sur le fait de ne pas faire correctement son travail ? En tout cas, cela en dit long sur un certain conformisme d’esprit qui règne dans notre discipline et sur la capacité de ses acteurs à interroger et à remettre en cause certaines réalités. Je ne dis pas qu’il nous faudrait forcément un « grand soir » ou quelque autre charivari de ce genre mais que ce sont tant les esprits que les concours qu’il faudrait changer dans notre discipline…

  2. Coco dit :

    C’est l’agrégation qui ne fait pas consensus.
    La majorité des syndicats, des organisations professionnelles et des collègues de toutes les sections sont pour sa suppression.

  3. sophie dit :

    En gros, vous voulez concourir suivant vos propres règles. Quel sens du fair-play.

    • Continuez à lire, que ce soit l’article du professeur Grimaldi, ou bien d’autres documents cités sur ce blog… ce que nous proposons dans cet article-ci n’a rien d’original, mais a été envisagé par nombre d’autres personnes, y compris des défenseurs de l’agrégation, ou a pu être pratiqué certaines années en certaines matières. Certaines remarques, notamment celle sur la première épreuve, ne concernent que la stricte application des textes. D’autres encore, notamment quant au calendrier, nous semblent dans l’intérêt de tous les candidats, reçus comme recalés, et des universités qui ont mis des postes au concours. En quoi tout ceci est-il un manque de « fair-play »?

  4. Goldorak dit :

    Ne pas oublier de maintenir les quelques traces de progrès qu’une « coutume à formation rapide » a imprimé lors de ces derniers concours:
    – accès, en loge, à la documentation électronique
    – possibilité de remettre, pour toutes les épreuves, des notes écrites à l’ordinateur, et non nécessairement manuscrites.

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