La 24 vue par le Figaro

Le service de Com’ de Paris II, pardon, le Figaro, consacre quelques lignes à l’agrégation, et particulièrement, à la leçon de 24, avec un sens certain de l’à-propos (leçon de 24 de la conf parisienne).

Nous passerons sur le fait que cela s’écrit dans une rubrique « étudiant », catégorie « actus et conseils ». C’est révélateur d’une tendance que nous avons, en tant qu’universitaires (agrégés, agrégatifs, ou affranchis), à préparer nos étudiants à l’agrégation dès leur première année: plan en deux parties, titres qui claquent, annonces formatés…

Intéressons au contenu de l’article.

La journaliste, opportunément, s’interroge sur l’intérêt de l’épreuve. Pierre-Yves Gautier de répondre, et de citer:

  • le fait de tester la « résistance physique ». C’est vrai, c’est la première des qualités d’un professeur des universités. Les marches des amphis sont parfois hautes, quand il faut donner les feuilles lors des surveillances d’examens. Les différents dîners et cocktails périphériques aux activités scientifiques mettent le foie à rude épreuve.
  • « l’esprit de synthèse ». Pas de mauvais esprit, il en faut. Encore que l’on puisse estimer que le candidat qui a soutenu une thèse n’en est pas entièrement dépourvu. Reste à savoir si l’agrégat de matières disparates en restant au maximum à la surface de l’océan de la pensée, pour n’en boire que l’écume (choses entendues lors de confs d’agreg) est la fonction d’un professeur. Quand un spécialiste de mécatronique devient professeur, c’est parce qu’il est très bon dans un domaine précis de la mécatronique. Pas parce qu’il arrive à jouer la comédie en saupoudrant un peu de mécatronique par ci, un peu d’autres choses par là.
  • « réunir et manager une équipe »: il faut bien apprendre les bases du mandarinat. L’on a tous en tête l’exemple de tel ou tel professeur, oublieux de ses copies, qui les fait corriger par ses chargés de TD la veille de leur restitution. C’est cela que l’on apprend en 24.

Pour résumer, «C’est une projection de ce que l’on attend d’un professeur». En effet, l’on en voit qui, invités à des colloques, déblatèrent sur un sujet dont ils n’avaient qu’à peine soupçonné l’existence, agrègent de vagues idées, assemblées depuis la veille. De notre point de vue, d’un professeur, l’on attend certainement que, lorsqu’il s’empare d’un sujet, il lui consacre plus de 24 heures, ou, du moins, autre chose qu’un marathon.

La journaliste, opportunément encore, lance que « Tous ne sont pas si enthousiastes. Menacée au même titre que l’agrégation, régulièrement remise en cause, l’épreuve l’est aussi de façon individuelle, parfois jugée obsolète, ou encore discriminante. Plus facile, en effet, de réunir une équipe pour cette épreuve parisienne lorsque l’on est soit même de la région. Et compliqué, à l’inverse, de trouver un lieu où travailler toute la nuit, à Paris, lorsque l’on habite en province ».

Pierre-Yves Gautier répond, que  » les candidats trouvent toujours un cabinet prêt à leur ouvrir leurs portes». Je ne comprends pas comme cela se fait-il que j’ai pu aider des candidats qui n’avaient que les salles de séminaires, voire les chambres, de quelques hôtels aussi dispendieux qu’inconfortables à proposer. Monsieur le professeur, si je suis admissible, je prendrai la liberté de vous contacter, afin que vous m’ouvriez les portes de ces cabinets, au non de la « solidarité » que vous invoquez. Quelle solidarité? Je n’ai jamais vu de candidat parisien proposer à un provincial un petit billet, disant « écoute mon pote, cette épreuve va te coûter 5000 Euros; à moi, 500. Accepte, je t’en prie, au nom de la grande solidarité des agrégatifs, cette modeste obole ». Je n’ai jamais vu de doctorant parisien écrire à un provincial « je ne te connais pas, et je n’ai rien à gagner à t’aider (alors que si j’aide des gens bien en vue sur la place parisienne, des anciens élèves de mon directeur, c’est différent); mais au nom de la grande solidarité des facultés de droit, je te consacre 24 heures de ma vie ».

Le plus beau est pour la fin. Un avocat, docteur en droit, qui semble soutenir la pérennité de l’épreuve, écrit: « Il peut suffire d’être bien entouré. A la fin, le candidat peut ne pas avoir écrit une ligne ». Voilà, avec des amis comme ceux-ci, la leçon de 24 n’a pas besoin d’ennemis.

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Publié dans Décryptages
8 comments on “La 24 vue par le Figaro
  1. Est-ce possible ? dit :

    Cet article du Figaro est d’une stupidité terrifiante. J’aime bien le passage sur le candidat « marqué à vie ». Comment le Ministère peut-il laisser se poursuivre un pseudo-concours totalement malhonnête au fond, et absolument débile en la forme ?

    • Mathias Couturier dit :

      Ce papier est à l’avenant de ce que produit le Figaro en règle générale, de toute façon. Cette feuille de chou n’a pas produit grand’ chose de brillant depuis l’affaire Dreyfus…

      J’en profite pour remercier le ou les auteurs de ce blog pour leur travail de veille et de réflexion (ainsi que pour leur plume revigorante). Que l’on soit d’accord avec vos analyses ou pas, celles-ci sont salutaires afin d’illustrer qu’une part substantielle de la « communauté » universitaire pense que le statu quo n’est pas admissible.

      Dès lors, je vous adjure de continuer à nous faire part aussi souvent que possible de vos découvertes et de vos réflexions ! Ensuite, que chacun en pense ce qu’il veut et le dise courtoisement : il en sortira toujours quelque chose. Plus les partisans d’une réforme de fond (et on peut aussi débattre du fond…) sortirons du bois, plus les choses avanceront. Ce petit message aussi parce que je trouve que ce blog manque un peu d’activité en ce moment s’agissant des commentaires.

      • Merci pour ce message. En effet, peu de commentaires, mais toujours plus de trafic sur ce blog!

        Petite note à ceux qui hésitent à poster des commentaires:
        – votre adresse courriel est demandée, mais n’est pas publiée, et pas vérifiée. Il est donc parfaitement possible d’en mettre une bidon (le commentateur « Est-ce possible? » utilise par exemple « idiot@agregationdedroit.con », et je doute que ce soit sa vraie adresse…
        – les commentaires sont modérés a priori, pour ceux qui n’ont jamais commenté. Cela simplement pour s’assurer qu’il n’y a pas d’attaques personnelles… mais nous ne censurons pas pour d’autres motifs (nous détestons la censure, d’une manière générale).

  2. Fabrice dit :

    Ce qui est bien avec certains défenseurs de ce concours, c’est qu’ils le décrédibilisent sans l’aide de personne. Le passage sur l’endurance physique est surréaliste…
    Et que dire des propos sur l’ouverture des cabinets parisiens ! ce monsieur comme d’autres de ces collègues est tellement déconnecté de la réalité qu’il enterre sans le savoir ce concours. Finalement les meilleurs pourfendeurs de ce concours sont ses défenseurs…

  3. Manitou dit :

    La 24H : 5000 euros pour un provincial, 500 euros pour un parisien.
    Traitement MCF : le différentiel Paris / province est mineur (pour ne pas dire insignifiant)… Loyers/coût de la vie : Un an de différentiel couvre très largement la différence de coût de la 24 H.
    Il ne faut pas avoir l’indignation mathématique sélective.

    • Si le coût de la vie est plus élevé à Paris, ce n’est pas la faute de l’Université, et certainement pas des Maîtres de conférences…
      C’est la faute à la spéculation immobilière, et toutes autres sortes de problèmes économiques, qui sont du ressort du Gouvernement, pas du nôtre. Problème, au demeurant, qu’aucun Gouvernement n’a jamais traité (30% des logements à Paris sont vides…). Mais cela n’a rien à voir avec l’agrégation.
      Tant qu’on y est, avec votre raisonnement, on pourrait baisser les traitements de tous les fonctionnaires qui ne sont pas en poste à Paris !

    • Goldorak dit :

      Mais il est bien certain que la concentration à Paris de tout, je veux bien dire tout: le pouvoir, les grandes entreprises, les grandes universités, est en soi un pb… il ne faut pas opposer le prix élevé de l’immobilier et les injustices de l’agrégation: tous ces maux ont la même racine. Le jacobinisme qui ronge la France.
      Et puis, les parisiens, ne nous faites pas trop pleurer: à combien de l’heure vous consultez chez les avocats aux conseils etc?
      Par ailleurs, pensez à une grande université aux USA. Puis à une autre en Allemagne. Puis à une autre au Royaume-Uni. Avez-vous pensé à Washington, Berlin, puis Londres? Je parie que non. En tout cas, moi pas (ce qui ne signifie pas, évidemment, que ces villes n’hébergent pas de beaux établissements). Tiens, c’est bizarre, je suis certain qu’à propos de la France, on ne penserait qu’à Paris.

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