La justice italienne enquête sur de possibles concours truqués en Faculté de droit

   A la suite d’un précédent billet consacré à la psychologie collective perverse qui entoure l’agrégation du supérieur, spécialement dans les Facultés de droit, un commentateur nous avait reproché d’en faire trop et de suggérer à notre corps défendant une assimilation des pratiques déviantes que nous dénoncions à un univers de type mafieux. Nous avions répondu qu’il n’en était rien, que les mots ont un sens – grave en l’occurrence – et que liens avec le jury et mafia sont et resteront, pour nous comme pour tout un chacun, deux choses différentes. Tel ne semble pourtant pas être l’avis, s’agissant en tout cas des recrutements dans les Facultés de droit en Italie, d’un journaliste transalpin, Domenico Camodeca, qui n’hésite pas à quant à lui à parler de « mafia des mandarins » sur le site d’information Informazione Web (www.informazioneweb.org/notizie/attualita/3380-lo-scandalo-dei-concorsi-universitari-truccati-dalla-mafia-dei-baroni.html ).

   Par un hasard curieux, voici en effet que la justice italienne vient d’enquêter sur un réseau de corruption, de trafic d’influence, de prise illégale d’intérêts et d’association de malfaiteurs au sein des Facultés de droit. Giuliano Foschini, pour le journal La Repubblica relate l’affaire dans un article en date du 6 mai 2014 : Università, i pizzini dei baroni : « Sono il padrone dei concorsi » (http://bari.repubblica.it/cronaca/2014/05/06/news/universit_inchiesta-85350208/?ref=HREC1-20 ).

   On y apprend qu’un réseau d’influence allant de Bari à Milan aurait permis à des spécialistes reconnus du droit constitutionnel, du droit comparé et du droit public de truquer les concours de recrutement des enseignants-chercheurs titulaires de l’Université italienne. Selon les éléments de l’enquête du Parquet de Bari, les concours étaient biaisés par un clientélisme majoritaire, un système très complexe de services rendus dans ou hors de l’Université, et des intérêts de chapelles. Les concours de recrutement ainsi affectés n’avaient alors, toujours selon La Repubblica, plus rien à voir avec le mérite. Au total, 38 personnes sont mises en examen et renvoyées devant le Tribunal correctionnel. On y trouve des professeurs de droit, des hommes politiques et des fonctionnaires. D’après le journaliste, le dossier serait solide et les preuves accablantes.

   Dans le respect de la présomption d’innocence, et en l’attente de la décision des juges, saluons ici le professionnalisme de la police et de la justice italienne, qui est venue s’attaquer à un système caché et particulièrement pervers. Enseigner le droit, c’est bien, en effet. Mais se l’appliquer à soi-même, c’est mieux. Ainsi, enseigner les subtilités de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme, c’est très prestigieux. Mais le respecter soi-même, voilà la vraie vertu. Chacun devrait en convenir, n’est-ce pas?

  Bien évidemment, il ne s’agit pas ici, et en aucun cas, de la France… Toute ressemblance avec des faits, des circonstances ou des situations survenues actuellement ou potentiellement de ce côté-ci de la chaîne des Alpes ne serait que pure coïncidence, malentendu ou hasard fortuit. Pour observer ces pures coïncidences, n’hésitez pas à consulter notre rubrique de citations en tête de ce blog : De agregatione citationes quaero. 

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Publié dans Non classé
3 comments on “La justice italienne enquête sur de possibles concours truqués en Faculté de droit
  1. Mathias Couturier dit :

    Ma maîtrise de la langue de Dante Alighieri étant comparable à celle de ma connaissance du droit fiscal, j’oserai demander : ce concours ultramontain est-il comparable, en la forme et au fond, à notre agrégation française ? Cette question est posée sans aucune malignité. C’est que l’on dit souvent que la France seule, en occident, connaît un concours d’agrégation du supérieur et j’aurais aimé savoir si l’affirmation s’avère imprudente au regard de l’exemple italien.
    On notera que « l’Appel pour la suppression du concours d’agrégation des
    universités en économie (section 05) » de 2004 (http://appel.agregation.se.free.fr/AppelContreAgregation.v5.pdf) énonçait que : « le seul pays connaissant un système réellement similaire au nôtre est l’Italie ».
    Dès lors, qu’en est-il en réalité à tout le moins dans les disciplines juridiques ? Merci de vos lumières…

    • Cher collègue,

      Le système d’accès au professorat, en Italie, a été réformé par une loi du 30 décembre 2010. L’appel que vous mentionnez, de 2004, décrit évidemment le système ancien. Et, effectivement, l’Italie est sortie d’un système proche de l’agrégation, pour se recentrer sur une procédure, si j’en crois Wikipedia, plus proche de la voie de droit commun: instance nationale attestant de la qualité scientifique du candidat, et recrutement local.

      Nous n’avons pour l’instant pas pu déterminer si les faits sur lesquels enquête la justice italienne ont eu lieu avant, ou après la réforme. Nos meilleurs détectives sont sur la brèche, et nous espérons pouvoir bientôt vous répondre plus précisément.

      La suppression de l’agrégation est donc « dans l’air du temps », ce qui ne signifie qu’une fois celle-ci acquise, il ne faudra pas être vigilant sur les pratiques détestables qui pourraient naître ici ou là. Ceci dit, quelques réflexions:
      – croire que le jury de l’agrégation est incorruptible, et que tous les autres sont vénaux, est certainement une mauvaise vue de l’esprit. De toute façon, quel que soit le système adopté, de par le contingentement passé, les agrégés garderont la main sur les recrutements de PR de nombreuses années.
      – si anormalités il y a, il est certainement plus facile de les contester quand elles sont le fait d’une instance locale, et non d’un jury national.
      – avec le jury le plus honnête du monde, et qui résisterait à tous les biais que les sciences de l’éducation soulèvent, lorsque les épreuves ne sont pas anonymes, l’agrégation reste un mauvais « concours ».

  2. Mathias Couturier dit :

    Merci de votre réponse et de ces éclaircissements. Et je souscris entièrement à vos remarques complémentaires.

    Quant à l’enquête, Cesare Lombroso, s’il était encore en vie, aurait sans doute pu nous éclairer sur la personnalité de ces « Uomo delinquente »…

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