L’épouvantail du localisme

Le localisme est effroyable, il est impitoyable, il faut le combattre. L’auteur de ces lignes en a été victime lors de son Tour de France, comme nombre de lecteurs. Il faut dire que certaines pratiques laissent sans voix : ******************************************************************************************************************* ************************************************************************************************************* [Mise à jour]

Ces excès doivent-ils condamner par avance toute velléité de suppression de l’agrégation ? Nous ne le croyons pas, pour plusieurs raisons.

–          D’une part, parce que les remparts au localisme existent : pourquoi pas l’interdiction d’un primo-recrutement dans son université de soutenance… L’on peut également imaginer que la responsabilisation des universités qui doit aller de pair avec leur autonomie devrait dissuader les équipes d’embaucher des canards boiteux qui feraient baisser les taux de publication. En outre, l’on doit rappeler que, pour les MCF comme pour les PR, le filtre du CNU, instance nationale, existe : les commissions se bornent à choisir entre des candidats jugés aptes à exercer les fonctions auxquelles ils postulent. Encore, faut-il le rappeler, ces commissions ne peuvent comporter plus de locaux que d’extérieurs (il est piquant de constater que ceux qui s’érigent contre le localisme, ci-après les parisiens, n’hésitent pas à faire passer les auditions, non devant la seule commission, mais devant toute la section concernée : où est cette parité, ce refus du localisme ?).

–          D’autre part, parce que l’agrégation, par l’affectation aveugle à laquelle elle conduit, emporte des effets certainement aussi néfastes qu’un système de « localisme » bien compris. En effet, l’agrégation méconnaît une réalité que les phases locales des recrutements permettent : candidat comme université d’accueil sont chacun porteurs d’une offre et d’une demande. L’adéquation de chaque offre à chaque demande serait un objectif économiquement non dépourvu de sens.

Qu’est-ce qu’un localisme bien compris ? L’on sait que des méthodes, des thématiques particulières peuvent se révéler dans certaines universités. Chacun peut ainsi associer en droit privé, Orléans, Tours ou Poitiers, à certains courants doctrinaux. Il semblerait qu’il y ait alors un vrai intérêt à ce qu’une véritable école de pensée se constitue au sein de ces établissements, dans laquelle les docteurs formés à ces méthodes ou ces thématiques sont appelés à poursuivre l’enseignement et la recherche au sein d’une équipe cohérente. Dès lors, il n’est certainement pas choquant, qu’à qualités égales, soit choisi un candidat (peu importe qu’il ait été formé ici ou ailleurs), qui correspond aux pratiques de l’université. Cela, l’agrégation ne le permet pas : par le brassage auquel elle contraint, elle déstabilise de telles cohérences, et assure, dans un esprit bien franchouillard, la dispersion et le triomphe d’une pensée unique et parisienne, c’est-à-dire, en droit, le positivisme dogmatique, en économie, le libéralisme « mainstream »… Les stimulantes écoles de pensée de Chicago, Berkeley et autres n’auraient jamais vu le jour dans un système connaissant une agrégation.

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Publié dans Décryptages
5 comments on “L’épouvantail du localisme
  1. soulas dit :

    Modification des administrateurs: ***************************************************************** ************************************************************** ********************************************** ******************************************* ******************************Pour faire semblant, les candidats seront déplacés et gentiment (avec de la chance) ou violemment (pour dissuader de tout recours, voire pour un abandon de carrière).
    Agrégation ou recrutement des maîtres de conférences, il y a bien des choses à revoir !

  2. soulas dit :

    Le recours à des personnalités extérieures n’apporte absolument aucune garantie. Quiconque a participé à un comité de sélection sait parfaitement que les voix prépondérantes sont celles des internes. En outre, les externes sont des « copains » que l’on fait venir, en sachant par avance qu’ils suivront les indications qu’on leur donnera.
    Par ailleurs, ce qui importe souvent pour un comité de sélection, c’est de savoir si le nouvel arrivant va être suffisamment malléable, « aux ordres ». M’être offusqué d’une telle attente m’a conduit être exclu de toute participation aux comités de sélection de mon université (même pour des postes sur des matières sur lesquelles j’interviens depuis des années).
    C’est cette attente de la malléabilité qui rend aujourd’hui si difficile les mutations des maîtres de conférences, sans parler qu’un maître de conférences en place, lorsqu’il participe à un comité de sélection, n’a aucun intérêt à recruter un maître de conférences titulaire qui éventuellement pourrait lui souffler la place sur un éventuel poste de professeur hors agrégation externe. Le faire exige d’avoir une ambition autre qu’individuelle, une ambition collective donc d’agir dans l’intérêt de son université. Cette ambition collective est aujourd’hui plus qu’hier une denrée rare…

  3. soulas dit :

    L’offre et la demande, c’est particulièrement risible. Faites une petite enquête et vous verrez que le recruté peut parfaitement avoir un profil ne correspondant absolument pas à ce qui a été publié et que le recrutement ne correspond pas aux besoins réels de l’université. Donc si on résume, on peut avoir :
    – un poste tellement profilé qu’une seule personne peut s’y présenter;
    – un poste profilé mais pas trop pour ne pas faire apparaître la supercherie où un local sera recruté ;
    – un poste profilé où l’on recrutera une personne sans lien avec le profil, juste parce qu’elle nous a bien fait rire, qu’on a déjà envie de se faire quelques gueuletons avec elle (si elle paye, c’est parfait). Elle n’a pas le profil mais qu’est ce qu’elle est sympa !;
    – un poste non profilé : comment répondre à l’offre ? préparer l’audition ? et surtout : comment le comité va-t-il justifier la sélection des candidats ? C’est vrai qu’il n’y a pas grand chose à craindre de ce côté là avec le juge administratif;

  4. soulas dit :

    Il ne faut pas dire tout haut et encore moins écrire ce que tout le monde sait. Continuons à faire semblant de croire que tous les vices affectent l’agrégation et que tout va très bien dans le recrutement des maîtres de conférences.
    Vous avez soulever récemment quelques différences de régime inexplicables entre agrégé et maître de conférences. Il y en a plusieurs qui concernent les passerelles entre professions. Par exemple, suivant le décret (et en particulier ces articles 97 à 98-1), un professeur n’a aucune condition, aucun examen, à remplir ou à passer, pour être avocat. Il n’en va pas de même pour un MCF, catégorie intellectuellement inférieure, qui doit lui passer l’examen de contrôle des connaissances de la réglementation pro et de déontologie. En quoi être agrégé ou non justifie cette différence ? Cette différence, à mon sens, injustifiée, est d’autant plus « amusante » que si les MCF doivent passer ledit examen, par contre, ils sont aptes, au même titre que les professeurs, à faire partie des jurys d’examen lors des concours à l’accès à la profession d’avocat. Parmi les épreuves, on retrouve les disciplines de la réglementation professionnelle et de déontologie ! Inapte lors de l’accès à la profession d’avocat, le MCF devient apte lorsqu’il s’agît de faire passer les examens. Il y a plusieurs autres différences comme celles-ci qui peuvent être relevées. Par exemple, pour l’accès à la magistrature. Ah, ces MCF, ces sous-hommes de l’enseignement supérieur !

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