D’une disparité particulière de rémunération

L’agrégation, parce qu’elle permet l’accès précoce au corps des professeurs, fait naître certaines disparités de rémunération. Disparités entre professeurs de sections différentes, d’abord, en ce que les agrégés accèdent bien plus jeunes que les autres à ce corps, et donc, mécaniquement, aux échelons supérieurs. À âge égal, l’on gagne en moyenne mieux sa vie en tant que professeur dans les disciplines à agrégation que dans les autres. Disparités au sein d’une même section, ensuite, entre ceux qui accèdent au professorat par le premier concours, et les autres, pour les mêmes raisons. Disparités, enfin, qui s’accroissent lorsque le lauréat, ne pouvant plus rien prouver à l’Université, choisit d’embrasser une lucrative activité libérale, afin que son traitement de fonctionnaire lui serve de menu appoint.

À ces disparités s’en ajoute une autre, bien curieuse, née du rapprochement entre l’article 3 et les articles 4 et 5 du Décret n° 2009-462 du 23 avril 2009 relatif aux règles de classement des personnes nommées dans les corps d’enseignants-chercheurs des établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche relevant du ministre chargé de l’enseignement supérieur.

Selon l’article 3, les agents qui, antérieurement à leur nomination dans l’un des corps mentionnés à l’article 1er du présent décret, avaient la qualité de fonctionnaire civil, de militaire ou de magistrat sont classés à l’échelon de la classe de début de ce corps ou éventuellement de la classe de ce corps au titre duquel un recrutement a été ouvert, comportant un indice égal ou, à défaut, immédiatement supérieur à celui dont ils bénéficiaient dans leur corps, grade, classe ou cadre d’emploi d’origine. Par exemple, un MCF au 4ème échelon, indice majoré 623, traitement mensuel net 2404,70 €, qui est agrégé, est versé dans le 1er échelon des PR, indice majoré 658, traitement mensuel net 2546,43€.

Par contre, selon les articles 4 et 5, les recherches menées respectivement avant le doctorat et avant le doctorat peuvent être prises en compte pour les personnes nommées dans un corps d’enseignant chercheur, qui n’avaient pas auparavant la qualité de fonctionnaire, dans la limite, toujours respectivement, de 3 et 4 ans d’ancienneté. Ainsi, celui qui est agrégé après une année d’ATER, voire de maître de conférences stagiaire, et qui peut faire valider 4 années d’ancienneté, peut se faire classer au 4ème échelon de la grille indiciaire des PR, indice majoré 776, traitement mensuel de 3004,27 Euros.

Quelle prime au jeunisme ! Celui qui est agrégé au sortir du berceau gagnera près de 500 Euros de plus que celui qui cumule quelques années de maître de conférences ! Et l’écart de rémunération perdurera une belle partie de la carrière…

Pour être classé au même échelon que ce jeunot de l’enseignement supérieur, un maître de conférences qui deviendrait professeur par la voie longue, et qui n’aurait pas bénéficié des dispositions de l’arrêté de 2009, devrait avoir atteint le 7ème échelon, soit être maître de conférences depuis 15 ans et 10 mois au moins !

Des lauréats du concours, plutôt dans la deuxième situation (sur le fondement de l’arrêté, aujourd’hui abrogé, du 26 mai 1985, mais la problématique n’était pas différente) voyant qu’ils seraient moins rémunérés que leurs jeunes collègues, s’en était émus, et avaient saisi le Conseil d’État. Celui-ci se prononce par une décision du 12 mars 2010, n° 324848, décidant que n’était pas porté atteinte au « principe de l’égalité de traitement entre fonctionnaires d’un même corps, dès lors que les dispositions critiquées ne s’appliquent qu’à l’entrée dans le corps et que la carrière des agents est ensuite régie par les mêmes dispositions, quel qu’ait été leur statut avant leur entrée dans le corps ».

Quand les agrégés eux-mêmes se plaignent, sans être entendus, des injustices autour du recrutement des professeurs…

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Publié dans Arguments
5 comments on “D’une disparité particulière de rémunération
  1. Oph. dit :

    Votre manière de confronter les corps d’agrégés et d’enseignant-chercheur sur votre blog est symptomatiquement d’une France qui stigmatise sans le désir de construire.
    Quel est votre but?

    Si vous êtes insatisfait et que vous voyez autant de bénéfice à être agrégé, passez et obtenez l’agrégation. Ce sera au moins la garantie que vous, comme tous les enseignants-chercheurs, ayez été jugé par un jury sur vos connaissances dans la discipline et la manière d’enseigner et ce de manière anonyme – et non locale.

    • Parlons-nous vraiment de la même chose?

      « comme tous les enseignants-chercheurs »… ben… non…
      « de manière anonyme »… ben… re-non…

      Peut-être évoquez-vous l’agrégation du secondaire… que ne souffre pas des mêmes maux que l’agrégation du supérieur, et qui n’est pas la cible de nos critiques.

      • Cadoudal dit :

        Deux possibilités :

        1 – Soit une regrettable confusion, en effet, à l’égard des disciplines (lettres, philosophie notamment) dans lesquelles, en fait sinon en droit, l’accès à un poste d’EC est largement conditionné par l’obtention préalable de l’agrégation du secondaire. Ce n’est pas la première fois qu’on verrait ce genre de confusion dans des discussions de blogs à propos de l’agrégation du supérieur.

        2 – Soit une ignorance abyssale de ce qu’est l’agrégation du supérieur dans laquelle pas une seule épreuve, comme le souligne fort à propos suppressionagregation, n’est anonyme.

        En toute hypothèse, on notera dans le message de Oph cette étrange distorsion lexicale qui voudrait que « anonyme » soit à présent l’antonyme de « local ». Faut-il comprendre, a contrario, que « nominatif » serait dorénavant celui de « national » ? Bref, je suggère à Oph de réviser quelques concepts de base avant de passer lui/elle-même l’agrégation, que ce soit celle de lettres ou de droit. A cette fin, mon conseil bibliographique : T. Courtin, « T’choupi découvre les contraires », Nathan, 2014 (http://www.nathan.fr/catalogue/fiche-produit.asp?ean13=9782092545485). Je l’ai testé avec mes enfants, il est très bien.

        Enfin bref, toutes ces approximations ne sont guère flatteuses pour les défenseurs de l’agrégation… « Dieu, garde-moi de mes amis ! Mes ennemis, je m’en charge. »

  2. Anonyme dit :

    Auriez-vous la liste des personnes qualifiées aux fonctions de professeur dans les sections 01 et 02 par le CNU ? Les résultats sont-ils de même nature que l’année dernière (8% de qualifiés) ?

    • Nous n’avons pas encore de liste, seulement des bruits de couloir.
      Les taux de qualification sont encore scandaleusement bas (les exigences posées sont très élevées: certains agrégés ne les atteignent jamais de leur carrière), mais il semble qu’ils se soient améliorés, entre 10 et 15% sans doute (à confirmer)… notamment en raison de la baisse du nombre de candidats – découragés, certainement, par la malthusianisme des sections. Le nombre de poste, en raison du contingentement en faveur de l’agrégation, est très bas.

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