Psychanalyse de comptoir à l’usage des agrégés anxieux à l’idée de la fin du concours

Non, non, inutile de vous allonger sur le divan, chers amis agrégés défenseurs du concours. Détendez-vous, je ne vais vous servir qu’un propos apaisant, aujourd’hui. Freud m’a visité en songe cette nuit, et m’a révélé que vous avez peur. Laissez-moi apaiser cette peur.

Vous avez été fait par le concours. Vous savez que le concours décide de tout, dans nos sections, à l’Université : qui dirige les thèses, qui parle aux réunions, qui est affecté à tel ou tel endroit, qui fait les CM (et qui fait les TD). Il vous place dans une famille, couramment appelée le cocotier, à une place bien déterminée. Vous avez conscience que ce que vous avez aujourd’hui : votre robe, votre bureau, vos responsabilités, vos cours, c’est au concours que vous le devez. Peut-être d’ailleurs gardez-vous une relation particulière avec les membres du jury qui vous a agrégé. Sans doute une camaraderie particulière vous unit-elle aux lauréats de votre concours ; vous vous souvenez peut-être plus d’eux que de votre équipe de 24, d’ailleurs. Probablement prenez-vous bien soin de signer « agrégé des facultés de droit » lorsque vous publiez.

Le concours vous a fait ; il est l’insigne de votre pouvoir. Il est à la fois matrice et phallus ! L’on comprend l’angoisse de la castration qui vous saisit lorsque l’on évoque sa suppression.

Rassurez-vous. Ce n’est que par erreur que vous vous définissez par votre titre d’agrégé – il n’y a d’ailleurs pas de titre d’agrégé ; un titre de professeur, oui, mais pas d’agrégé. Relisez Sartre. Vos actions vous définissent, non une prétendue essence. Font-elles de vous  un professeur ? Pour la majorité d’entre vous, je crois que oui.

Que se passera-t-il lorsque le concours aura été supprimé ? Il vous restera vos souvenirs, et le monde continuera de tourner. Bien sûr, quelques changements surviendront, mais ils seront mesurés. Vous verrez naître une jeune génération qui, libérée des chaînes et contraintes du concours, osera plus : plus d’originalité dans les travaux, dans les méthodes, plus d’interdisciplinarité… Certains collègues nous viendront de l’étranger, et vous comprendrez les richesses des mobilités internationales. D’autres publieront dans des revues internationales, parfois en langue anglaise. Le plan en deux parties et deux sous-parties révélera tout son folklore, et vous serez tenté de l’abandonner. Il n’y aura plus une seule école de droit en France mettant tout le monde sous sa toise, mais des particularités locales, des écoles de pensées, des méthodes différentes, d’une université à une autre. Vous comprendrez alors que la vérité est plurielle, que la diversité est stimulante, et que l’uniformité stérile. La décentralisation appliquée aux facultés signifie que la Capitale ne sera plus l’alpha et l’oméga ; vous vous rendrez compte que des initiatives d’excellence existent en Province, sans besoin de la grande valse de l’affectation des postes après chaque concours.

Vous voyez, supprimer le concours d’agrégation ne mettra pas le feu aux facultés. Ce ne sera pas le Grand soir, l’Édit du Préteur demeurera inchangé. Alors, est-ce bien sérieux de vous accrocher à ce jouet coûteux qu’est l’agrégation, et qui ne vous concerne plus ?

Dédicace : Pour celui qui a un jour expliqué doctement que « professeur agrégé des facultés de droit » était le plus bel alexandrin de la langue française, prière de nous contacter par messagerie privée, nous avons des conseils de lecture pour vous.

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Publié dans Arguments

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