L’agrégation n’est pas un concours!

Les caciques de l’agrégation développent à l’envi sur les mérites de l’agrégation, comme concours républicain. Or, l’agrégation, à l’analyse, n’est pas un concours, du moins, pas au sens des concours républicains, comme ceux de l’ENM, de l’ENA, des douanes, de la police… Il s’agit d’un mode d’accès par cooptation au professorat.

Un concours de recrutement n’est pas une voie de promotion : il est fait pour amener dans une école, une administration, etc. des personnes qui lui sont extérieures. Éventuellement, un tel concours, par définition « externe » se double d’une autre voie, dite « interne ». Or, si l’agrégation se divise en premier concours et second concours, la ressemblance avec une distinction entre agrégation interne et agrégation externe n’est qu’une vue de l’esprit. Dans le premier concours, l’immense majorité des candidats comme des reçus émarge déjà au budget d’une université, si ce n’est comme maître de conférences, au moins comme ATER ou doctorant contractuel. Point de « recrutement » donc, mais une promotion. L’échec n’en est que plus douloureux : puisque les fonctions d’un MCF et d’un PR ne diffèrent que très peu, l’on ne dit pas aux recalés « vous n’avez pas encore les qualités pour occuper telle fonction », mais « vous n’avez pas les qualités pour les fonctions que vous occupez »… en d’autres termes « je plains vos étudiants ».

Un concours est en principe le préliminaire à une formation, qui suit le concours. Pour l’agrégation, il n’en est rien (et c’est là une tare commune à l’agrégation du secondaire et celle du supérieur) : le professeur est révélé à lui-même de manière mystique par la proclamation des résultats. La préparation du concours lui tiendrait lieu de formation, aux dires de certains. Transposons cela à la magistrature : réussir le concours suffit à faire de vous un magistrat. Stupide, évidemment.

Un concours suppose une neutralité du jury par rapport au candidat, assurée à tout le moins par certaines épreuves anonymes, a priori écrites, mais non nécessairement. Dans certains concours musicaux, les candidats jouent derrière un paravent ! La nature humaine est ainsi faite que l’on ne juge pas une prestation de la même manière selon que l’on ne connaît pas le candidat, qu’on le connaît favorablement ou défavorablement. L’agrégation, si elle était un concours, serait certainement l’un des seuls dans lesquels aucune épreuve n’est anonyme, et le seul dans lequel le jury se renseigne sur le candidat en consultant son dossier (y compris sa situation de famille), sa note sur ses travaux et ses travaux, et l’invite à une visite de courtoisie, le tout avant même la première épreuve. En outre, il va de soi que, dans ce tout petit monde à la David Lodge, bien des candidats entrent dans une catégorie du type : les élèves d’untel, les collègues de tel autre… (cf. l’analyse de l’importance des liens entre le jury et le candidat).

Le concours national, surtout affecté d’une affectation en fonction du rang, est opportun lorsqu’il s’agit de nommer des personnels qui sont, d’une manière ou d’une autre, et sans que cela soit péjoratif, interchangeables. Un commissaire de police est un commissaire de police ; il a ses qualités propres, et qu’il exerce dans telle ou telle ville change des aspects périphériques de son métier, non le cœur du métier. Réciproquement, un commissariat a besoin d’un commissaire, espéré le plus talentueux possible, mais non particulièrement de M. Moulin. Rien de tel pour les universités : l’enseignant a besoin d’une équipe avec telles ou telles caractéristiques, d’un service avec telles ou telles matières. Réciproquement, l’université n’a pas besoin d’un professeur quelconque, comme s’ils étaient tous identiques sous le mortier, mais d’un spécialiste de telle ou telle matière, un tenant de telle ou telle méthode. Là, nous concédons que l’agrégation a tous les aspects d’un concours… mais c’est, entre autres, ce qui la rend néfaste.

Enfin, un concours n’imprime pas sa marque sa vie durant, et, une fois dans le corps convoité, le mode d’accès à ce corps importe peu. Rien de tout cela dans nos matières, où l’agrégation, perçu par certains comme seul mode valorisant de l’accès au professorat, permet de faire sentir, à ceux qui sont issus du second concours, ou de la « voie longue », leur manque de légitimité.

L’agrégation est donc une voie assez particulière de promotion précoce par cooptation, mais ce n’est pas un concours. Ne nous voilons pas derrière des mots !

Publicités
Tagged with: , , , , , , ,
Publié dans Arguments
2 comments on “L’agrégation n’est pas un concours!
  1. Barrow Owen dit :

    Yannik L’Horty (Univ. Paris-Est-Marne-la-Vallée), »Les discriminations dans l’accès à l’emploi public. »: étude statistique portant sur 400 000 candidats à 90 concours a permis de mettre en évidence que le fait de ne pas être né en France métropolitaine ou de résider en zone urbaine sensible ‘diminuait significativement les chances de réussite’. A l’inverse, les Parisiens sont avantagés » (Charlie Hebdo no 1262, 28/9/2016). Rien de nouveau sous le soleil, même si certains en restent éblouis.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :