Pourquoi l’agrégation du supérieur n’existe dans aucun autre pays du monde ?

Si nous mettons à part les ex-colonies françaises d’Afrique, sur lesquelles nous préférons ne pas nous étendre, l’agrégation du supérieur n’existe nulle part ailleurs dans le monde. Aucun des pays dont les Universités figurent dans les grands classements internationaux ne recrutent ses Professeurs de cette façon. Ni Harvard, ni Cambridge, ni Munich, ni Tübingen, ni le CERN, ni le MIT, ni Princeton, ni LSE, ni Tokyo, ni… etc., et la suite est longue.

Pourquoi ?

L’agrégation du supérieur permet à ses lauréats d’accéder prématurément, sans dossier scientifique décennal ou bidécennal, à un grade de PR normalement réservé à la seconde partie d’une carrière universitaire, à partir de l’âge de 40 ans au mieux, quand ce n’est pas vers 45-50 ans. Le PR agrégé commence à 30 ans la grille de traitement de PR seconde classe, là où tous ses collègues des autres sections restent MCF pendant 10 à 15 ans, publiant articles, monographies jusqu’à la HDR (une vraie HDR) et passent PR ultérieurement. Au bout de quelques années, il passe PR première classe, puis classe exceptionnelle.

Dès lors, un PR agrégé coûte évidemment plus cher qu’un PR ordinaire, issu des 71 autres sections de l’Université. Tant mieux pour lui, nous direz-vous, et en un sens vous avez raison ; car il n’est pas ici question de vouloir attenter à la situation d’autrui. Le problème, et ce n’est pas rien, c’est que pour justifier la pérennité de ce système, qui implique une dépense plus importante pour rémunérer prématurément le PR agrégé, il faut faire des sacrifices ailleurs. Or, les sacrifiés, ce sont les MCF, soit 70% du personnel. S’ils n’ont pas été « reçus » à ce « concours » à l’issue de leur thèse, et nous avons pu voir grâce aux statistiques publiées sur ce blog comment ça fonctionne, raison pour laquelle nous avons mis les guillemets qui s’imposent, alors c’est terminé pour eux. Ils ne seront jamais PR, sauf rare exception. Leur carrière est bloquée, quoiqu’ils fassent. En conclusion, c’est en maintenant de force les MCF expérimentés en bas que l’on peut se permettre de propulser prématurément une petite minorité en haut. Voilà l’équilibre du système. Vous apprécierez, du reste, le choix du mot « équilibre ».

Vous en conviendrez : ce système est une aberration économique, managériale et bien évidemment sociale. Il ne respecte pas l’ancienneté, la première règle de toute société civilisée. Il ne récompense pas l’expérience, la première des vertus dans le travail. Il ne récompense pas l’innovation, le premier objectif de la recherche et de l’enseignement supérieur. Il ne permet aucune mobilité professionnelle des MCF et détruit l’idée même d’une saine émulation. Non. Il récompense la prédestination, notion éminemment démocratique. Il déséquilibre les dépenses de personnel, coûte cher à organiser, et produit un effet de découragement scientifique considérable auprès du personnel majoritaire, soit pas moins de 70%. Qu’il vous vienne l’idée de gérer une entreprise privée avec un système pareil, et c’est la faillite garantie. Ne cherchez pas plus loin la raison pour laquelle il n’existe nulle part ailleurs dans le monde.

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