Jérôme Valluy: Faut-il sauver les agrégations du supérieur ? (non)

Nous reproduisons ici, avec l’accord de l’auteur que nous remercions vivement, un article qu’il a fait paraître sur son blog le 2 mars 2012.

C’est pourtant ce que le gouvernement tente en urgence, avant les élections présidentielles, sous l’égide de Laurent Wauquiez, Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, de son conseiller Thierry Rambaud, Professeur agrégé de droit public, Conseiller « enseignement supérieur, sciences humaines et sociales », et de Frédéric Sudre, Professeur agrégé de droit public, Président de la Section n°2 – Droit public du Conseil National des Universités (CNU) qui a procédé à une « consultation » entre le 8 mars et le 18 septembre 2011 auprès de 12 homologues des quatre premières sections du CNU (droit privé, droit public, histoire du droit et science politique), excluant tous les Maîtres de Conférences des Universités (MCU), pourtant principaux concernés par la réforme(1). La même chose a été faite, plus modestement, par Michel Mougeot auprès de 7 professeurs d’économie et de gestion en juin 2011(2).

Cette démarche, après quelques rapides consultations orales (sans présentation de projet écrit), des syndicats en décembre et des bureau de sections CNU en janvier, débouche sur un projet de décret envoyé le 21 février 2012 aux syndicats pour avis(3). Ce projet vise principalement à sauver le régime dérogatoire des agrégations externes du supérieur dans un contexte où elles se trouvent menacées de suppression en raison de leurs multiples défauts et incompatibilités avec les besoins des universités.

QUE SONT LES AGRÉGATIONS DU SUPÉRIEUR ?

Cette forme ancienne de recrutement de Professeurs des Universités (PU) concerne seulement les six premières sections du CNU (01-droit privé, 02-droit public, 03-histoire du droit, 04-science politique, 05-sciences économiques, 06-sciences de gestion) regroupant 7386 enseignants-chercheurs (dont 2253 PU) en 2010(4) … alors que le Conseil National des Universités comporte 71 autres sections disciplinaires plus récentes(5) réunissant (hors médecine et santé, au régime spécifique) 39327 enseignants-chercheurs.

Cette agrégation du supérieur a traversé un siècle et demi d’histoire mais se trouve prise depuis peu dans une conjoncture inédite tendant, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, à sa suppression sous l’effet de pressions convergentes anciennes et récentes : augmentation du nombre de chercheurs et des disciplines scientifiques depuis un siècle et généralisation d’un autre mode de recrutement ; processus d’harmonisation européenne du recrutements de professeurs des universités ; renforcement du pouvoir des présidents dans le fonctionnement des universités ce qui entraîne des pressions de la Conférence des Présidents d’Université (CPU) pour une maîtrise locale des recrutements ; restrictions budgétaires sur les budgets de fonctionnement des concours…

D’où la multiplication des constats de problèmes de constitutionnalité posés par ce mode de recrutement dans le cadre du respect notamment du principe d’égalité des enseignants-chercheurs et de celui de leur indépendance d’une part ; et la radicalisation des critiques syndicales et professionnelles de ce dispositif de cooptation qui ne parvient plus à se cacher derrière le nom de « concours », d’autre part… Ce régime dérogatoire imposé à ces 6 disciplines entre en effet en contradiction avec le principe d’égalité des enseignants-chercheurs qui impose des règles similaires d’évolution de carrière pour l’ensemble des enseignants-chercheurs quelle que soit leur discipline.

Pourtant, le facteur principal de remise en question résulte non de l’application de ce principe essentiel mais des demandes pressantes des Présidents d’Universités réclamant de pouvoir maîtriser, le plus localement possible, les choix de recrutements des enseignants-chercheurs en fonction de priorités pédagogiques et scientifiques des établissements. Or, en raison du faible nombre de postes répartis sur l’ensemble du territoire national et du mode d’affectation par choix successifs des personnes sélectionnées dans l’ordre du classement final des candidats choisis, le système des agrégations du supérieur a pour effet de catapulter ces personnes sans égard ni pour les besoins locaux des établissements ni pour les proximités géographiques de domiciliation des personnes.

Du fait de cette double inadéquation, les parachutés, peu enclins à s’investir localement, s’empressent de préparer leur départ notamment vers Paris. Dans ce système en effet, l’agrégation n’est qu’une étape de carrière nécessaire à la suivante : atteindre au plus vite une université prestigieuse de la capitale où les recrutements s’opèrent non par l’agrégation mais par la mutation sous contrôle des « mandarins » c’est-à-dire des professeurs qui sont en position de force dans ces universités parisiennes et, très souvent, le sont aussi dans l’apologie et le fonctionnement des agrégations ainsi que sur la section concernée du Conseil National des Universités.

Ce système trouve ses origines au 16ème siècle, et sa configuration actuelle dans le milieu du 19ème siècle, notamment pour l’agrégation de droit créée en 1856, servant de modèle, et subdivisée en 1896 en quatre : droit privé & droit criminel, droit public, histoire du droit, sciences économiques (celle de science politique est créé en 1971 seulement et celle de gestion en 1974). Ce système reflète la centralisation jacobine et bonapartiste de la France ainsi que l’époque où les femmes, « au foyer », suivaient leurs maris lors des déplacements géographiques imposés par les carrières. Aujourd’hui, au temps des doubles carrières, les agrégations du supérieur produisent surtout des divorces et des « turbo-profs » qui ont intérêt à s’investir ailleurs que dans leur première université, auprès de ceux qui pourront accélérer les mutations vers Paris. Ce système aspire vers la capitale beaucoup d’ambitions et oblige les autres à redoubler d’énergie, laissant souvent les établissements de Province sous encadrés ce qui favorise alors des privatisations latérales (exercice prioritaire du barreau, classes préparatoires privées, cours privés de soutien et d’accompagnement, écoles privées…) au détriment de la qualité du service public.

HISTOIRE ET TROPISME DE DISCIPLINES JURIDIQUES

Le système s’est radicalisé dans les disciplines juridiques où il a produit, en raison de son siècle et demi d’ancienneté, une culture professionnelle – une idéologie – de sacralisation de l’agrégation comme symbole d’excellence. Toutes les autres formes de recrutement ont été dévalorisées jusqu’à être méprisées… et en particulier celle qui – ironie de l’histoire ! – est devenue en un siècle, la voie normale de recrutement de tous les autres Professeurs des Universités dans toutes les matières autres que juridiques et économiques et dans les autres pays du monde.

Cette voie normale consiste à accéder par étapes au grade de Professeur des Universités : la réalisation d’une Thèse de Doctorat ; une première « qualification » par le Conseil National des Universités ; des candidatures auprès des universités jusqu’à un premier recrutement ; des années de travail au grade de Maître de Conférences des Universités (MCU) ; la préparation d’une Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) ; une seconde « qualification » par le Conseil National des Universités ; puis des candidatures dans chaque université jusqu’à un second recrutement.

Cette voie normale, preuve des meilleurs recrutements en France dans les 71 autres disciplines et à l’étranger dans toutes les disciplines, est présentée dans le monde agrégatif comme celle des “mauvais professeurs”. Qualifiée, souvent avec mépris, de « voie longue » par les agrégés de droit, elle a été marginalisée et bloquée – particulièrement en droit public – par des refus successifs de qualification des MCU pourtant sélectionnés par les universités ; les blocages sont tels que celles-ci ne tentent plus ce genre de recrutement (ainsi en 2009, sur 12 candidats, 3 seulement sont qualifiés pour 8 postes ouverts ; et en 2010, sur 13 candidats, 4 sont qualifiés pour 8 postes ouverts(6) ; ce CNU préfère laisser les autres postes vacants.).

Cela a pour effet de maintenir toutes les demandes de postes sur la voie agrégative et de renforcer le système tant dans sa dimension fonctionnelle que dans sa dimension idéologique : dans ce petit milieu de trois milliers d’universitaires juristes environ (un tiers de PU et deux tiers de MCU), la critique même de l’agrégation est devenue un tabou, au sens freudien du terme, ce qui condamne tout personne du milieu s’affichant dans une consultation ou une pétition en accord avec une telle critique, au statut de paria vis-à-vis de la communauté de référence.

Il n’est donc pas étonnant que ce soit des professeurs de droit, principalement, qui portent aujourd’hui un projet de réforme destiné à résoudre les contradictions où ils ont eux-mêmes placé leurs disciplines à la fois en soutenant d’un côté la présidentialisation c’est-à-dire l’accroissement exorbitant du rôle des présidents dans le fonctionnement des universités depuis 2007 et en bloquant de l’autre côté, systématiquement, au CNU, les possibilités de recrutement par la voie normale.

Pour parvenir à sortir de cette contradiction, sans toucher à la sacralité agrégative, ils cherchent un compromis : sauver l’agrégation dans son principe tout en faisant des concessions aux présidents d’universités. D’où l’invention d’une nouvelle procédure dite de « deuxième voie » qui consisterait en une qualification préalable des candidats devant un jury, similaire à celui des agrégations, au terme d’une épreuve sur travaux aboutissant, pour les candidats retenus, à l’inscription sur une liste d’aptitude permettant de se présenter pendant quatre années sur les concours locaux. L’examen des qualifications par le CNU serait ainsi supprimé et avec lui tout lien avec la voie normale de recrutement appliqué pour tous les autres enseignants-chercheurs. Pour cela, il fallait écarter des débats toutes les autres considérations relatives aux recrutements et aussi écarter de la consultation les 5133 MCU de ces six disciplines… Les deux « rapports au ministre », précités, ont rempli cette fonction.

L’opération de sauvetage, cependant, pourrait bien tourner au naufrage à la fois du vieux paquebot « agrégation » et de son petit remorqueur : le passage en force de ce décret, à quelques semaines des présidentielles, a pour effet de remettre sur l’agenda politique la question même de l’agrégation et de son adéquation tant aux principes républicains qu’au contexte socio-économique actuel de la société française.

Deux syndicats, la FERC Sup CGT(7) et le Snesup-FSU(8), viennent de faire savoir par communiqués leur hostilité à la réforme envisagée et, par ailleurs, une pétition, lancée il y a quelques jours par des juristes et des économistes, réunit déjà un bel ensemble d’universitaires issus de ses six disciplines. Elle demande que les enseignants chercheurs des sections CNU 1 à 6 sortent du régime dérogatoire qui leur est imposé et rejoignent le régime de droit commun appliqué aux 71 autres sections CNU ce qui implique la suppression des agrégations du supérieur : http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2012N20740

POURQUOI SUPPRIMER LES AGRÉGATIONS DU SUPÉRIEUR

A qui demanderait en quoi le fait de supprimer les agrégations du supérieur, présentes dans les sections 01 à 06 du CNU serait un progrès, on pourra apporter les éléments de réponse suivants quant aux défauts et effets pervers de ce système :

  • COOPTATION OPAQUELes agrégations du supérieur ne sont pas des concours républicains, contrairement aux agrégations du secondaire qui doivent être défendues comme telles. Ces dernières concernent des flux de candidatures, postes et jurys suffisamment nombreux et comportent des épreuves anonymes, deux aspects qui, en réduisant les emprises politiques et favoritismes clientélistes centralisés, renforcent la dimension méritocratique du concours. Au contraire, les agrégations du supérieur n’ont pas d’épreuves anonymes et concernent des groupes de taille villageoise où tout le monde se connaît : toutes les affinités personnelles et politiques sont dissimulables derrières des arguties relatives aux prestations individuelles orales durant les épreuves de « leçon » qui font office de « boîtes noires » pour justifier les cooptations ainsi réalisées. A l’inverse l’« épreuve sur travaux » est dévalorisée, en droit, laissant passer les deux tiers des candidats. La différence sert à l’opacité : autant une sélection sur publications est contrôlable par la communauté scientifique qui peut les lire, autant celle opérée sur des prestations orales sous forme de « leçons » échappe aux regards extérieurs. Parler de « concours » pour les agrégations du supérieur est aussi fallacieux que de parler d’« autonomie » des universités après la LRU.
  • DÉPENDANCE POLITIQUELa désignation par le ministre des jurys d’agrégation du supérieur nuit à l’indépendance des enseignants-chercheurs parce qu’il offre à l’entourage politique et technocratique du ministre un pouvoir considérable sur le choix intellectuel et politique non seulement du Président du jury, mais aussi, par voie de négociations préalables avec les diverses personnes (au sommet du « cocotier ») envisageables pour cette présidence, sur la composition du jury lui-même. De ce fait, l’influence politique des gouvernements se ressent sur les recrutements. En économie par exemple, d’ici cinq à dix ans, au rythme des départs à la retraite, il n’y aura bientôt plus aucun Professeurs des Universités, en France, qui ne soit « orthodoxe » (c’est-à-dire néo-libéral, monétariste,marginaliste…).
  • MARGINALISATION DE LA RECHERCHEL’organisation des épreuves d’agrégation du supérieur (une « épreuve sur travaux », suivie de deux ou trois « leçons ») marginalise la dimension scientifique du travail d’enseignant-chercheur, l’essentiel de la sélection se faisant sur des  « leçons » qui favorisent le conformisme intellectuel et les capacités de séduction, rhétorique et comportementale… d’une poignée de mandarins formant le jury. L’inadaptation de l’agrégation à la recherche apparaît aussi dans l’appréciation des compétences scientifiques. Le vocabulaire employé par le Rapport annuel de la section de droit public, pour qualifier la spécialisation est significatif : on parle de manière péjorative de « techniciens monovalents » (p. 7) que l’on oppose à des généralistes, brillants parce qu’ils maîtriseraient tous les champs de la discipline (!), tout en se félicitant, de manière totalement contradictoire, que la moyenne d’âge de réussite à l’agrégation externe soit « entre 32 et 35 ans » (2). Mais plus encore, ce mode de recrutement réduit l’importance et la valeur de la recherche dans l’esprit de celles et ceux qui ont été recrutés de cette façon. Le processus même de préparation de l’agrégation, pour ceux qui s’y investissent sur plusieurs années, s’accompagne d’un désinvestissement scientifique, car il ramène le MCU engagé dans cette préparation au statut d’éternel candidat centré sur l’agrégation plutôt que sur la recherche.
  • RÉDUCTEUR DE DIVERSITÉPluralismes (paradigmatiques, politiques, intellectuels…) et diversités (sociales, culturelles, de genres, nationales…) sont laminés par ce système : l’étroitesse de la taille du jury et son mode de désignation non électoral et non proportionnel, ne permettent pas de refléter ces multiples formes de diversité et de pluralisme indispensables à la fécondité intellectuelle des disciplines de sciences humaines. Même la représentation pluraliste des spécialités thématiques multiples qui sont nécessaires aux universités et aux laboratoires ne peut être assurée par ce mode de recrutement puisque certains domaines ne peuvent être choisis pour les « leçons » d’agrégation. Par ailleurs, ces recrutements ont depuis très longtemps tenu à l’écart les femmes, les personnes issues des classes populaires et aujourd’hui les chercheurs d’origine étrangère. A cet égard, les agrégations du supérieur sont aussi un formidable obstacle à toutes les circulations universitaires, de personnes et de savoirs, en Europe et au-delà.
  • COMPÉTENCES DÉVALUÉESLes agrégations du supérieur ne valorisent ni les efforts durablement soutenus dans le travail ni la compétence acquise dans l’expérience professionnelle mais organise une sélection (trop) précoce de privilégiés en ouvrant les postes de Professeurs des Universités (PU) à de simples titulaires de doctorats ou de très jeunes Maîtres de Conférences des Universités (MCU) qui, sans démériter, sont pourtant loin d’avoir l’expérience nécessaire, fruit d’années de travail pédagogique, scientifique et administratif. Les deux corps d’enseignants-chercheurs fonctionnent ensuite comme des mondes parallèles – des castes – au lieu de correspondre à des étapes de progression. Ainsi, deux personnes de 30 ans, aux références universitaires et curriculum vitae identiques, peuvent devenir au même moment l’une PU et l’autre MCU… et le rester jusqu’à leur retraite. En revanche, le MCU devra préparer une Habilitation à Diriger des Recherches (HDR), prenant souvent plusieurs années voire une décennie de travail, avant de pouvoir diriger des doctorats… tandis que le jeune PU pourra diriger des thèses de doctorat dès 31 ans, sans autre expérience… que sa propre thèse !
  • PARACHUTAGES DYSFONCTIONNELS – En raison du faible nombre de postes, les agrégations du supérieur concernent le territoire national dans sa totalité. Or les candidats élus, choisissent leur poste d’affectation successivement en fonction de leurs positions respectives dans le classement final établi par le jury. Par suite, de nombreux candidats sont obligés de choisir des postes très éloignés de leur région de domiciliation. Les agrégations du supérieur produisent donc des « turbo-profs » qui s’investissent ailleurs que dans leur université, dans des collaborations et proximités accélérant les relocalisations notamment sur Paris. Le problème n’est pas tant géographique – le travail à distance se développant – que fonctionnel : en contexte français hyper centralisé, ce système survalorise les postes parisiens, renforce le pouvoir de celles et ceux qui les contrôlent… et explique que les plus ardents défenseurs des agrégations du supérieur, dans les Sorbonnes notamment, n’utilisent pas ce mode de recrutement mais privilégient le recrutement à la mutation.
  • DÉSINVESTISSEMENT ET EXTERNALISATION – Le système agrégatif produit une désincitation au travail, tant des privilégiés que des exclus : ces recrutements par agrégation externe du supérieur sont ouverts sans condition d’âge ni d’expérience professionnelle et permettent à certains d’être, très jeunes, catapultés au sommet de la carrière, ce qui ne les incite plus ensuite à faire des efforts professionnels dans le cadre universitaire… Et ce n’est pas un hasard si, dans la genèse du dispositif de « l’évaluation quadriennale » des enseignants-chercheurs, la stigmatisation politique et médiatique qu’ils ont subi dans leur ensemble, en 2009, doit beaucoup aux dérives des agrégés de droit et d’économie sur le marché privé, et hautement lucratif, des activités latérales d’avocats, conseil juridique ou financier, consultants et experts.

*

Il ne reste aujourd’hui comme seul argument de défense des agrégations du supérieur, dans la bouche de quelques milliers d’agrégés du supérieur, que l’affirmation d’une excellence autoproclamée signifiant « nous sommes les meilleurs ! ». Mais jamais cette affirmation n’a connu le moindre début de démonstration par comparaison avec les compétences des dizaines de milliers de Professeurs d’Université recrutés par la voie normale dans les 71 autres sections en France ou des centaines de milliers de Professeurs des Universités recrutés sans agrégation du supérieur dans les autres pays du monde. En revanche, l’examen des publications scientifiques des agrégés du supérieur en droit et en économique laisse apparaître aujourd’hui de grandes insuffisances scientifiques et autant de faiblesses intellectuelles. On a d’un côté un dramatique appauvrissement des recherches juridiques réduites à un positivisme strict, sans la moindre ouverture sur les autres sciences humaines et cantonnées pour l’essentiel à l’écriture de manuels et de commentaires de décisions. Et on a de l’autre côté, une recherche proliférante générant des monceaux d’articles indéfiniment clonés en économie néolibérale, analyses marginalistes, monétaristes et mercantiles… incapable d’innovation et plus encore de rendre compte de la situation économique globale. De ces deux grands échecs historiques, les agrégations du supérieur sont directement responsables.

Et l’on peut comprendre que ce soit des collègues juristes et économistes qui aient pris l’initiative de cette excellente pétition. Elle ne nécessite plus rien d’autre que plusieurs semaines ou mois de mobilisation pour parvenir à bien se faire entendre : http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2012N20740

J.Valluy – Club Médiapart – 02.03.2012 (modifs. : 03 et 04.03.2012)

Sources & documents :

(1) Frédéric SUDRE, « Rapport du groupe de réflexion sur les modalités de recrutement des professeurs des universités dans les disciplines juridiques et politiques (Groupe 1) » septembre 2011 : http://www.afsp.info/omasp/metiers/rapportsudre2011.pdf

(2) Michel MOUGEOT « Rapport du groupe de réflexion sur les modes de recrutement des professeurs des Universités en Sciences Économiques et Sciences de Gestion », juin 2011 : http://www.variance-cnu06.org/docs/~2/Rapport%20MOUGEOT%20PU%2005-06.pdf

(3) RÉPUBLIQUE FRANÇAISE – Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche – V2 – « Décret n° du modifiant le décret n° 84-431 du 6 juin 1984 fixant les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs et portant statut particulier du corps des professeurs des universités et du corps des maîtres de conférences – NOR : ESRH1202903D » : http://www.variance-cnu06.org/docs/~2/Projet%20d%C3%A9cret%20acc%C3%A8s%20PU%202012.pdf

(4) « Quelques éléments démographiques détaillés relatifs aux personnels enseignants de l’enseignement supérieur – Année 2009-2010 » : http://media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/statistiques/07/9/demog10fniv2_172079.pdf

(5) « Liste des sections disciplinaires du CNU » : http://www.cpcnu.fr/listes-des-sections-cnu

(6) Rapport 2010 de la section n°2 – Droit public du CNU : « La Section rappelle, de plus, que le concours d’agrégation externe est la voie principale de recrutement dans le corps des Professeurs de Droit et que la procédure de l’article 46-3 ne saurait être considérée comme une procédure d’appel ou de « rattrapage » après un échec au concours d’agrégation. » http://www.cpcnu.fr/web/cnu-section-02/recommandation-pr

(7) Avis de la FERC Sup CGT sur un projet de réforme des règles de recrutement des Professeurs des Universités dans les disciplines à « agrégation du supérieur » (sections n°1 à 6 du CNU) – Montreuil, le 18 janvier 2012 : http://www.ferc-sup.cgt.fr/site/IMG/pdf/FercSupCgt_AvisRecrutementPU_Groupes1_2.pdf

(8) AGRÉGATION DU SUPÉRIEUR : LA FUITE EN AVANT… Stéphane TASSEL, Secrétaire Général du SNESUP – Le 24 février 2012 : http://www.snesup.fr/Le-Snesup/L-actualite-du-SUP?aid=6058&ptid=5

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