Agrégation et féminisme

Une enseignante-chercheuse, qui a été membre du jury d’agrégation de droit privé, avait écrit, auparavant, un article sur les résultats du concours d’agrégation: M. Fabre-Magnan, «Radiographie de l’agrégation (les résultats du concours d’agrégation externe de droit privé et de sciences criminelles depuis 1968)», in Mélanges Philippe Malaurie, Liber amicorum, Defrénois, 2005, pp.215-235. Elle s’interrogeait opportunément sur la place des femmes parmi les lauréats, pour conclure qu’il n’y avait là guère de scandale, tout en soulignant qu’il s’agissait de rester vigilant. Que s’est-il passé depuis?

Voici nos décomptes pour l’agrégation externe en droit privé:

En 2007, 8 femmes sur 28 lauréats.

En 2009, 10 femmes sur 30 lauréats.

En 2011, 18 femmes sur 36 lauréats (parité parfaite, grâce à la sus-nommée ?)

En 2013, 9 femmes sur 30 lauréats.

Res ipas loquitur. Faut-il voir la trace d’une misogynie des jurys? Peut-être, puisqu’il semble que la parité est possible.

Faut-il voir également un renoncement de nos collègues femmes à l’inscription et/ou à la préparation du concours d’agrégation? Cela est sans doute probable: les épreuves s’étalant sur plusieurs mois, la honteuse fantaisie de la leçon de 24 h (qui, pour un candidat provincial, suppose plus de 48 de déplacement)… tout cela est certainement peu compatible avec la vie de famille, voire avec des grossesses. Certes, nous en avons vu, des candidates, enceintes de plusieurs mois, passer des leçons. Mais combien confient qu’elles préfèrent renoncer, pour, tout en accomplissant leurs obligations professionnelles, avoir une vie de famille parfois mise de côté pendant les années de thèse ?

S’il fallait une autre confirmation du fait que les féministes devraient se dresser contre ce concours, en voici une autre. Des chiffres sur la démographie des enseignements du supérieur (année 2009, 2010, désolés pour l’ancienneté), nous tirons cela:

Dans les matières « à agrégation » (sections 01 à 06), l’on compte 1741 PR hommes, et 512 PR femmes, qui représentent donc 23 % du total des PR. L’on compte 2844 MCF hommes, pour 2289 MCF femmes, qui représentent donc 45 % du total. Le différentiel entre ces deux rapports est de 22 points.

Dans les matières « sans agrégation » (sections 07 à 75), l’on compte 9507 PR hommes, et 2629 PR femmes, qui représentent donc 22 % du total des PR. L’on compte 16107 MCF hommes, pour 11084 MCF femmes, qui représentent donc 41 % du total. Le différentiel entre ces deux rapports est de 19 points.

En conclusion, les femmes sont toujours moins bien représentées dans le corps des PR que dans le corps des MCF; il y a là, en soi, matière à se poser des questions. Dans les matières à agrégation, cette différence est sensiblement plus marquée. L’agrégation est donc en défaveur de l’accès des femmes au professorat.

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Publié dans Arguments
2 comments on “Agrégation et féminisme
  1. Philippe dit :

    Bonjour,

    Il faudrait comparer les résultats du concours d’agrégation avec le nombre de candidats. Il faut également souligner que les derniers concours ont souvent conduit à donner à des femmes la place de major (S. Gaudemet, J. Klein, S. Pelet), ce qui illustre sans doute un changement. Le prochain jury sera composé en majorité de femme, avec la 1re femme présidente. Je ne sais pas si ce concours soit plus en retard de ce point de vue que d’autres secteurs (parité dans les entreprises ou en politique).
    En outre, ce concours, avec toutes ses limites (injustice Paris province pour la 24h…), présentent tout de même des mérites. Il permet le renouvellement des enseignants chercheurs dans les universités. Sans cette voie d’accès, le recrutement serait purement local ce qui conduirait à un repli fatal dans certains cas.
    Ma position est qu’il ne faut pas être béat devant ce concours et vivre toute sa vie sur une réussite ou un échec. Mais il faut lui faire justice de certains mérites qui le rende difficile à supprimer. Pour une réforme de ses modalités pour en conforter le principe.

    • Merci pour cette réaction. Toutefois, comparer les résultats du concours avec le nombre de candidats permettrait, le cas échéant, d’attester l’absence de misogynie du jury, mais passe sous silence une réalité: des collègues femmes, pour tout un nombre de contraintes propres à leur sexe (grossesses) ou à leur genre (rôle dans la famille), renoncent à se présenter.

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