De la pétition de Sup’Autonome

Le syndicat Sup’Autonome, conscient que les jours du concours d’agrégation sont fortement menacés par le décontingentement (sur lequel nous reviendrons), essaye de nous convaincre des mérites de ce concours, et de nous faire signer une pétition. Voyons leurs arguments:

« Dans le nouveau texte, qui doit être examiné par le Conseil d’État prochainement, la disparition de cette garantie, va conduire à ce que les présidents d’université ne demandent plus de postes à l’agrégation. Les recrutements de professeurs de droit, d’économie, de gestion, de science politique se feront alors par la voie du seul Conseil National des Universités et au plan local, comme pour les autres disciplines. »

Ainsi donc, vous convenez que lorsqu’une université a le choix, entre recruter par la voie de l’agrégation, et une autre voie, elle choisit l’autre voie. Merci donc de démontrer que l’agrégation ne correspond pas à un besoin de la communauté académique, bien au contraire. D’ailleurs, les autres disciplines que vous évoquez, vous savez, celles qui rapportent à la France des Médailles Fields et des Nobels, qui font tourner le CERN et le CEA, elles ne se portent pas plus de cette « autre voie ».

Et d’ailleurs, les universités parisiennes, à laquelle la plupart des signataires de l’appel appartiennent, ne recrutent pas à l’agrégation…

« Le résultat sera clair :

• Autorecrutement et fin de toute possibilité de sang neuf dans les universités. »

Qu’est-ce que l’autorecrutement? Se recruter soi-même? Cela m’intéresse, merci de m’expliquer comment faire… La fin de possibilité de sang neuf dans les universités? Si vous appelez les profs-tgv du sang neuf, peut-être. Mais il n’est pas certain que l’on s’en trouve plus mal. Mais surtout, cela permettra de recruter à l’international, ce que l’agrégation empêche. Ce sang neuf-là ne vous convient-il pas?

• « Retard considérable dans le passage au grade de professeur (un professeur recruté par l’agrégation est, en moyenne, recruté entre 5 et 8 ans plus jeune que dans les autres disciplines). »

Est-ce un bien d’être au faîte de sa carrière avant 30 ans? Avant d’avoir prouvé quoi que ce soit? De pouvoir soutenir sa thèse en avril, et en encadrer une au mois de septembre suivant?

• « Fin d’un jury national, renouvelé et permettant la conservation d’un haut niveau d’exigence scientifique (épreuves sur travaux) et pédagogique (trois leçons pour le vérifier). »

Jacobinisme, quand tu nous tiens… D’une part, le CNU va être ravi d’apprendre qu’il ne constitue pas un « jury national, renouvelé et permettant la conservation d’un haut niveau d’exigence scientifique ». D’autre part, nous pourrions avoir ainsi (comme par exemple pour la nomination à l’IUF) un jury international au plan des universités. Enfin, nous aurions surtout la fin d’un jury qui, parce qu’il doit juger des candidats aux profils très différents malgré son effectif très réduit, ne peut être spécialiste des champs disciplinaires pointus dans lesquels peuvent s’être engagés les candidats.

• « Fin de la spécificité du recrutement dans nos disciplines, cœur de notre identité et de nos traditions universitaires d’excellence. »

Si notre identité et notre excellence réside dans la spécificité du recrutement, c’est que, vraiment, nous ne valons pas grand chose.

• « Augmentation du clientélisme »

L’argument est imparable, évidemment. Le jury de l’agrégation est irréprochable, tous les autres sont corruptibles.

« Attachée à la qualité des concours, à la méritocratie et à la diversité scientifique  la Fédération SupAutonome appelle les universitaires des sections 1 à 6 à se mobiliser et à répondre à cette nouvelle attaque, contre nos statuts et nos libertés universitaires, d’un Ministère qui ne comprend rien à notre métier et à nos spécificités« .

Méritocratie, le mot est fort. Quant à la diversité scientifique, c’est bien le contraire que propose l’agrégation: tous sous la toise. Une école: positivisme dogmatique. Une méthode: le plan en deux parties, deux sous-parties. Prépondérance du droit des obligations. Belle diversité scientifique! D’ailleurs, il est bien connu que les directeurs de thèse conseillent des thèmes originaux et exotiques aux étudiants qui se destinent à une carrière universitaire.

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Publié dans Décryptages
4 comments on “De la pétition de Sup’Autonome
  1. Albator 01 dit :

    Les signataires de cette charmante pétition mettent en avant le caractère « méritocratique » de l’agrégation du supérieur.
    Ainsi, les professeurs recrutés par l’agrégation du supérieur le seraient parce qu’ils sont les meilleurs. A l’inverse, dans les autres disciplines, et dans tous les autres pays d’Europe et du monde, les professeurs sont recrutés après 15 à 20 ans de recherche, de façon népotiste et sans aucun mérite. En fait, tous les Prix Nobel sont passés par cette indigne « voie longue ». Mais ils n’avaient aucun mérite. Ils étaient même médiocres. A l’inverse, les agrégés du supérieur, ceux-là, ce sont tous des Prix Nobel…

    Pour répondre à cet argument soi-disant méritocratique, je propose deux lectures essentielles et complémentaires.
    La première, c’est le rapport de l’Association française d’économie politique de 2010, qui qualifie l’agrégation de « simulacre de concours ».
    La seconde, en conséquence, c’est le Tartuffe de Molière.

  2. le hussard dit :

    J’ai une petite question : comment expliquer que des personnes soient membres d’un jury d’agrégation alors qu’elles publient peu, ou en du moins pas de manière substantielle ?

    Quels sont les critères de sélection des membres du jury d’agrégation ?

    Au vu de la composition de certains jurys d’agrégation comme celui de cette année, la production scientifique ne doit pas être un critère déterminant pour siéger dans le jury ?

    il y a un léger malaise

    il est évident que très souvent, le président du jury préfère s’entourer de personnes dociles et malléables qui ne font pas de vague même si elles publient peu.

    Dommage pour la crédibilité de ce (prétendu) concours …. ….

  3. Goldorak dit :

    Il est vrai que l’on voit des candidats (et des recalés) avoir plus publié que leurs rapporteurs (en quantité comme en termes d’impact)…
    Pour être membre du jury d’agreg, il faut probablement ou être ami du président, ou n’avoir rien d’autre à faire…

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